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A propos du chimiquier Ece et de l’acide phosphorique

Actualités scientifiques - 7 février 2006

Le chimiquier Ece, victime d’une collision avec un vraquier, transportait 10 000 tonnes d’acide phosphorique. Lors de son remorquage au large de Cherbourg, il a coulé par 70 m de fond. Pourquoi transporte-t-on l’acide phosphorique ? A quoi sert ce dernier ? Quels sont les risques pour l’environnement ?

Pourquoi transporte-t-on l’acide phosphorique ?
Les apatites constituent la principale matière première de production de l’acide phosphorique de formule H3PO4. De composition générale Ca5(PO4)3 (F, OH, Cl), ces minerais renferment moins de 45% en poids de phosphore. L’ion calcium et les anions fluorure, hydroxyde et chlorure qui l’accompagnent en impuretés doivent donc être éliminés. En outre, la principale utilisation de l’acide phosphorique est la production d’engrais du type phosphates d’ammonium qui requièrent l’ammoniac, produit de synthèse généralement non disponible sur les sites de transformation des apatites.
L’Europe, grande consommatrice d’engrais, importe donc de l’acide phosphorique principalement du Maroc et de la Tunisie qui possèdent les plus grandes réserves mondiales d’apatite après la Chine et les États-Unis. L’acide phosphorique est principalement obtenu par digestion des apatites avec de l’acide sulfurique, aisément accessible par oxydations successives du soufre. Il est concentré à hauteur de 52 à 72%.

A quoi sert l’acide phosphorique ?
La préparation des phosphates de mono- et diammonium et des polyphosphates d’ammonium représente environ 90% de la consommation de l’acide phosphorique. Les autres applications concernent les détergents, les nettoyants industriels, le traitement des eaux, les agents anti-feu et les additifs nutritionnels pour l’élevage.
Rappelons que la consommation mondiale d’engrais minéraux est d’environ 150 millions de tonnes, les phosphates d’ammonium représentant environ 15% de ce tonnage.

Quels sont les risques pour l’environnement ?
L’acide phosphorique concentré est corrosif, mais en solutions diluées, il est employé comme acidifiant. L’Organisation Internationale de la Mer, organisme dépendant de l’ONU, classe les produits transportés par voie maritime en quatre catégories. L’acide phosphorique est cité dans la catégorie D, la plus basse, des substances « qui présenteraient un danger identifiable aux ressources maritimes ou à la santé humaine ou causeraient la gêne minimale aux agréments ou autres utilisations légitimes de la mer et exigeront donc un peu d’attention dans des conditions opérationnelles. »
Très soluble dans l’eau, son caractère irritant pour les muqueuses peut donc être limité. L’impact à long terme sur l’environnement est inexistant : ce n’est pas un polluant organique persistant et donc pas un produit rémanent s’intégrant à la chaîne alimentaire. Rappelons que les phosphates qui en dérivent sont essentiels au développement de la vie : un groupement phosphate est présent dans les quatre nucléotides constitutifs de l’ADN, les os et les dents renferment un pourcentage élevé d’apatites…