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« Beau Jeu », la chimie dans l’Euro 2016 ?

Science pour tous - 9 juin 2016

« Beau Jeu », le ballon de l’Euro 2016 aux couleurs bleu blanc rouge. © adidas.

Connaissez-vous « Beau Jeu », le ballon de l’Euro 2016 ? C’est le grand petit frère de « Brazuca », le ballon de la Coupe du monde 2014 au Brésil développé par Adidas et Covestro [1].

Comme lui, il est composé de six pièces de polyuréthane (Impranil®, Covestro), mais avec des nouveautés : sur les cinq couches successives de chaque pièce, une couche intermédiaire est faite d’une mousse avec des millions de sphères apportant une superbe élasticité [2].

© adidas.

Les six faces carrées à arêtes courbes du Brazuca (Coupe du monde 2014), d’après le théorème d’Alexandrov Pogorelov !

Les ingénieurs et techniciens ont réussi à faire un ballon parfaitement rond en juxtaposant par thermosoudure six faces carrées à arêtes courbes en retrouvant le théorème mathématique d’Alexandrov-Pogorelov [3]. C’est pourquoi on parle parfois du « ballon cubique » mais parfaitement sphérique.

Cependant, pour avoir des trajectoires maitrisées, la couche externe du ballon est faite de minuscules croisillons en polyuréthane sur un substrat spécial de polyester-coton. Un ballon de football n’adopte pas une trajectoire parabolique mais triangulaire, dite « tartaglia » du nom du mathématicien italien Niccolò Fontana, dit Tartaglia [4], car la frappe des joueurs internationaux implique une vitesse initiale du ballon de 80 à 90 km/h, supérieure à la vitesse de lévitation.

Pour éviter que le ballon ne « plane », les minuscules aspérités perturbent la trainée dans l’air et permettent aux joueurs, adroits sur coups francs bien placés, de faire tourner le ballon sur lui-même et d’atteindre la lucarne du but en trompant le gardien.

Le revêtement externe quasi vitrifié et hydrophobe résiste à l’abrasion et garde intacte la sérigraphie bleu blanc rouge.

Il n’y a pas que le ballon qui mobilise la chimie : les chaussures des joueurs doivent être légères et solides. Les crampons sont directement moulés sur la semelle qui est en fibres de carbone. La chaussure elle-même est en fibres tissées de polyisocyanate ou de polyester, montant parfois pour protéger la cheville. Certaines n’ont plus de lacets mais des velcros pour avoir une surface régulière. Elles sont douces à l’intérieur et légèrement rugueuses à l’extérieur pour pouvoir imprimer au ballon l’effet de rotation voulu par le joueur…

Les maillots super légers et shorts sont en fibres aérées ; certains comportent des parties élastiques qui mettent les muscles en microcompression, améliorant ainsi la circulation sanguine.

Les avancées informatiques dont sont déjà munies certaines équipes sont des logiciels exploitant des données fournies en ligne par le petit GPS dans le col du maillot, les microcapteurs physiologiques connectés : déplacements, distance parcourue, vitesse, rythme cardiaque, fatigue, etc.

Un Euro 2016 chimique et électronique, oui, mais in fine, c’est le talent des joueurs qui compte et nous régale ! Allez les Bleus !

Jean-Claude Bernier


[1Nouveau nom de Bayer MaterialScience depuis le 1er septembre 2015, www.covestro.com

[3Ghys E., Le Brazuca, le ballon cubique de la Coupe du monde, Images des mathématiques/CNRS, juin 2014

[4Cailloce L., Quand les maths se mêlent de sport, CNRS-Le Journal, mars 2016