N° 382-383 février-mars 2014

Formation ou information ? Des MOOC aux OER…

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Rubrique : Éditorial

Une récente chronique de Jean-Claude Bernier [1] nous expliquait que la révolution des MOOC (massive open online course, c’est-à-dire enseignements massifs en ligne) était en marche et que nombre d’institutions françaises s’en inspiraient [2]. Leur gratuité, sauf exception, reste relativement virtuelle – il s’agit de suivre les cours, gratuits, d’une université déterminée avec accompagnement et certification payants.

La Déclaration de Paris sur les REL 2012 (voir le fichier pdf en bas de cette page), conclusion solennelle du Congrès mondial sur les ressources éducatives libres (REL), ou OER (en anglais pour open education resources), marque une étape historique : au-delà des offres au niveau universitaire, les gouvernements du monde entier s’y engagent à accorder des licences ouvertes, donc gratuites, aux ressources pédagogiques (dans le sens le plus large) destinées au grand public lorsqu’elles bénéficient de financements d’État.

Il s’agit, « tout simplement », de la mise en commun de tous les savoirs, à tous les niveaux et pour tous les besoins, notamment des habitants des pays moins développés. Toutes les disciplines sont concernées, comme le montrent quelques projets réalisés (éclairage urbain dans les zones les plus pauvres de Haïti ; collaboration entre pays africains pour une meilleure formation des personnels de santé…). Avec les REL, on pourra non seulement apprendre, mais offrir à chacun ce qu’il cherche à savoir – nouvelles idées, nouveaux concepts, traductions de textes piochés ailleurs avec améliorations possibles, et surtout partage des expériences. Avec comme slogan : plus on partage, plus l’outil devient performant…

Si le Brésil est le plus à la pointe sur le plan des principes (la loi correspondante est déjà votée), c’est la Maison Blanche qui a pu mettre à disposition de son conseiller pour l’éducation, Hal Plotkin, 2 milliards de dollars (1,45 milliards d’euros) pour créer une bibliothèque mondiale librement accessible à tous ! Déjà des communautés d’apprenants se constituent, aidées par l’argent fédéral, pour, au-delà du contenu, rendre l’outil plus facilement accessible et plus pédagogique.

Un colloque s’est tenu à Paris en décembre dernier, sous l’égide du Collège d’études mondiales (créé en 2011, c’est une émanation de la Fondation des sciences de l’Homme), sur le thème : « un nouvel état d’esprit dans les apprentissages ». On y a réfléchi sur les autres manières d’apprendre, sur le droit des plus démunis à avoir accès à la connaissance partagée, la plus élaborée comme la plus concrète, celle qui permet de penser loin et celle qui permet de concrétiser rapidement. Celle qui permet de sortir de son enfermement, qu’il soit matériel ou intellectuel. Celle aussi qui permet de contrôler son environnement, sa santé, sa vie… sous réserve qu’une connexion soit possible, évidemment.

Selon Plotkin, et quelques autres, un des moyens pour relancer l’économie mondiale, un peu timide ces dernières années, serait d’augmenter le niveau d’éducation de toutes les populations, car « 95 % des habitants de la planète n’ont pas accès à un enseignement, en particulier supérieur, de qualité, le vivier mondial de croissance se trouve là. » L’objectif de « la connaissance et la science pour éradiquer la pauvreté » s’inscrit bien dans le Millenium Development Goals (OMD, 2000-2015), dans lequel la chimie est très présente à divers titres (médicaments, eau potable, alimentation…).

La France, par la qualité de sa recherche, de son enseignement et de ses réalisations dans tous les domaines, se doit d’être moteur dans ce nouveau défi. La révolution numérique et son potentiel de progrès nous y incitent. La communauté française des chimistes, académiques et industriels, par sa capacité à innover peut montrer la voie.

Piloté de manière exemplaire par Gilberte Chambaud, que nous remercions vivement ainsi que les auteurs, ce numéro spécial consacré aux récentes avancées de la chimie théorique l’illustre : accéder à la complexité et aux approches multi-échelles et multi-factorielles du monde réel est nécessaire pour le comprendre. C’est l’affaire de la modélisation et de la simulation, récompensées par le prix Nobel de chimie 2013, domaines dans lesquels la France est à la pointe… ; d’ailleurs Martin Karplus est et travaille à Strasbourg six mois par an.

Rose Agnès Jacquesy
Rédactrice en chef

Couverture : Étude de la bioluminescence des lucioles.
La transformation de la luciférine au sein de l’enzyme conduit à un état singulet excité du composé oxyluciférine. La transition électronique responsable de l’émission lumineuse est déterminée par des calculs hybrides QM/MM prenant en compte l’environnement enzymatique.
Illustrations gracieusement fournies par Isabelle Navizet, Laboratoire de Modélisation et Simulation Multi Échelle, Équipe de Chimie Théorique, Université Paris-Est Marne-la-Vallée.
Conception graphique Mag Design

Declaration-de-Paris-sur-les-REL-2012