N° 358 décembre 2011

L’Année internationale de la chimie... et après ?

Page : 1
Rubrique : Éditorial

C’est une véritable explosion de manifestations autour de la chimie qu’a connue l’année 2011 grâce à son label d’Année internationale de la chimie. Au fil des nouvelles glanées sur le web, on a pu constater que c’est tout autour de la planète que les chimistes, particulièrement du monde académique, se sont mobilisés. En ce dernier mois de 2011, on rêverait d’un bilan avec des chiffres analysant les types de populations intéressées – grand public, élèves, étudiants, chercheurs, enseignants, industriels – et surtout une évaluation des effets que cette mobilisation a pu entraîner. Pour un vrai bilan « scientifique » et international, il faudra attendre, mais déjà, en restant au plan national, notons quelques sujets de satisfaction :

- La chimie, comme partenaire incontournable de la vie quotidienne, a été comme jamais présente dans les journaux et présentée de façon positive. Des comptes rendus de manifestations, parfois des « dossiers chimie » complets – industriels et scientifiques – ont pu être lus dans la presse nationale et, avec une proximité particulière avec les acteurs, dans les journaux régionaux.

- Les enseignants-chercheurs et les chercheurs ont fait preuve d’une magnifique mobilisation et de projets inventifs dirigés vers les publics les plus divers, du professionnel au grand public : représentations théâtrales, concours de poèmes, ateliers expérimentaux, conférences populaires... Cette mobilisation foisonnante s’est construite sur des initiatives tant individuelles qu’institutionnelles (l’Union des Industries Chimiques, l’Académie des sciences, les établissements universitaires, les centres de recherche, etc.).

- L’implication des enseignants de l’Éducation nationale ainsi que celle des CCSTI (Centres de médiation de culture scientifique technique et industrielle) ont été remarquables.

De nombreuses manifestations ont été inspirées par les thématiques « officielles » – le développement durable et, en l’honneur de Marie Curie, la radioactivité et la place des femmes dans la science –, mais l’imagination a été au pouvoir et tout a fleuri, de la gastronomie moléculaire à l’origine de la vie.

Il faut souligner l’énergie qui a été consacrée par les chimistes à ces opérations de présentation de leurs activités. Au-delà du souhait des chercheurs de faire connaître leur vie professionnelle, eux dont les préoccupations apparaissent si souvent tellement spécialisées à leurs proches, on peut déceler l’impatience des chimistes de voir leur discipline si mal appréciée des concitoyens. « L’AIC ? Enfin l’occasion de montrer la chimie sous son vrai visage, bien différent des caricatures qui la disqualifient. » L’objectif sera-t-il atteint auprès du grand public ? On peut en douter tant certaines incompréhensions sont profondes – sur l’emploi des additifs alimentaires, sur l’usage des pesticides, sur les effets résiduels des molécules de procédé des polymères (le bisphénol par exemple), sur les nouvelles technologies. À tout le moins, ce qui a été mis en évidence, c’est la volonté des chimistes de tous bords de se mobiliser ensemble pour échapper aux anathèmes, d’aller ensemble sur le terrain pour s’expliquer.

Cette cohésion entre chimistes crée une forte demande de plus de communication entre eux qui s’est manifestée ailleurs, dans le local plus feutré du séminaire interne que la SCF a tenu en octobre dernier. L’amélioration de la circulation des informations provenant des divisions scientifiques, des sections régionales ou des clubs de jeunes, non seulement vers l’échelon parisien de la SCF, mais aussi des uns avec les autres, a été réclamée à de nombreuses reprises, comme un leitmotiv : pressant besoin des différentes entités de pouvoir partager leurs initiatives, leurs succès et leurs difficultés pour travailler mieux grâce à la mise en commun des expériences. L’Actualité Chimique a été louée par tous au cours de ces débats – réjouissons-nous en – et sollicitée. Attachée à sa vocation de revue à caractère scientifique, son objectif premier n’est évidemment pas de jouer le rôle de simple « bulletin de liaison », si utile qu’il soit. Mais la demande est là, il faut l’entendre. Faudra-t-il que la revue se dédouble ? Sujet de débat majeur pour le Conseil d’administration et son Bureau : quelle sera la formule qui répondra le mieux au souhait vivement exprimé par les membres de la SCF, tout en restant réaliste quant aux efforts demandés ? Parole à l’imagination : adressez-nous vos idées par courriel ou courrier des lecteurs ; nous en sommes preneurs.

Paul Rigny
Rédacteur en chef

Couverture : Tableau périodique des éléments créé par 1600 collégiens de l’Académie de Toulouse : une œuvre d’art chimique pour célébrer l’Année internationale de la chimie.
Le projet « Un élément, une classe » a été réalisé avec Chimie pour tous en Midi-Pyrénées et grâce au soutien de nombreux partenaires : Académie de Toulouse, CNRS, Cultura, école doctorale Science de la matière/Université Paul Sabatier-Toulouse 3, INP-ENSIACET, Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Union européenne.
© Françoise Viala (IPBS/CNRS-Université de Toulouse).