N° 418-419 mai-juin 2017

L’Europe, un peu de notre histoire

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Rubrique : Éditorial
© Mario Müller, Wiley-VCH.

L’Europe que nous connaissons a soixante ans ; elle s’est construite progressivement à partir de la déclaration de Robert Schuman en mai 1950, d’abord sur des considérations économiques initiées par la création de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier, traité de Paris, 18 avril 1951), puis concrétisée par les deux traités de Rome signés le 25 mars 1957 (CEE : Communauté économique européenne, et Euratom ou CEEA : Communauté européenne de l’énergie atomique) conclus pour une durée illimitée. L’Europe était née ; il ne restait plus qu’à lui donner du contenu et du souffle. Elle est passée de six à neuf membres en 1973, puis à dix en 1981 et ainsi de suite jusqu’aux vingt-huit actuels depuis 2013.

Pour la communauté scientifique, une étape importante fut la mise en place de la libre circulation des personnes avec l’accord de Schengen signé le 14 juin 1985, mais qui n’est entré en vigueur que dix ans plus tard, le 26 mars 1995.
Enfin, le 7 février 1992, le traité de Maastricht crée l’Union européenne sur un spectre élargi de compétences et la citoyenneté européenne qui va de pair. Pour faciliter la circulation au sein de l’Europe, la monnaie unique est lancée en janvier 1999, au départ pour les onze États membres de l’époque et élargie par la suite.

L’Europe est jeune, elle est encore en constante évolution avec des hauts et des bas, des engagements et des démissions, mais gardons l’espoir qu’elle s’affirme avec toute la place dont nous, scientifiques, avons besoin.
L’Europe de la chimie était déjà une réalité avant d’être créée comme une institution. De tout temps, les scientifiques ont communiqué entre eux et ces relations et débats se sont incontestablement accélérés au XIXe siècle, qui a vu se créer un grand nombre de sociétés savantes nationales de chimie.
La première fut la Royal Society of Chemistry (RSC, initialement Chemical Society of London) en Grande-Bretagne en 1841, suivie par notre société, la Société Chimique de France (initialement Société Chimique de Paris) en 1857, dont nous célébrons cette année les 160 ans. De nombreuses autres sociétés ont vu le jour dans les années qui ont suivi, en particulier la Gesellshaft Deutscher Chemiker (GDCh) en 1867. Ces sociétés échangeaient leurs connaissances, organisaient des réunions scientifiques et les savants chimistes se déplaçaient sur tous les continents avec les moyens de communication disponibles, notamment les chemins de fer qui se sont développés de façon foudroyante au XIXe siècle.

La création de l’Europe en 1957 a provoqué une impulsion pour les sociétés nationales de chimie qui se sont rassemblées dès 1970 dans la Fédération Européenne des Sociétés Chimiques (FECS). L’EuCheMS, créée avec le statut de droit belge d’association internationale sans but lucratif (AISBL), succède depuis octobre 2004 à la FECS. Elle compte actuellement plus de 160 000 chimistes présents dans une quarantaine de sociétés et organisations nationales de 37 pays, dépassant même les frontières de l’Union européenne.

Parallèlement, nait la volonté de sociétés chimiques continentales d’unir leurs publications scientifiques dans un Consortium de journaux européens qui vont petit à petit remplacer les journaux nationaux pour leur donner une plus large audience et les rendre compétitifs face aux journaux de l’American Chemical Society (ACS) et de la RSC. Le premier titre, Chemistry - A European Journal (CEJ) est créé en 1995, porté par la GDCh et édité par VCH sous l’initiative de Jean-Marie Lehn, Heinrich Nöth et Heindirk Tom Dieck (GDCh) et Peter Gölitz (VCH). Dans les années qui suivent, la GDCh sera rejointe par les Pays-Bas (Koningklijke Nederlandse Chemische Vereniging, KNCV) puis par la France (SCF) en 1998 grâce aux actions décisives de Marc Julia, alors président de la SCF. Le Bulletin de la Société Chimique de France devient ainsi une partie de EurJIC/EurJOC et la SCF devient partenaire du Consortium. Dès 2000, les nouveaux journaux prennent des noms du type ChemXChem : les premiers seront ChemBioChem et ChemPhysChem qui prend la suite du Journal de Chimie Physique et de Physico-chimie Biologique (propriété de la SCF). Il existe à ce jour huit ChemXChem dont le tout dernier, ChemPhotoChem, a sorti son premier volume en janvier 2017.

Dès cette période, il faut reconnaitre le rôle essentiel joué par Christian Amatore et François Mathey dans la participation de la SCF à ce Consortium d’édition. C’est réellement en 2002 que l’Union Éditoriale des Sociétés Chimiques Européennes (EUChemSoc) devient l’éditeur officiel en incluant toutes les sociétés engagées dans CEJ. En 2009, EUChemSoc devient CPSE (Chemistry Publishing Societies Europe) pour éviter toute confusion avec l’EuCheMS qui avait remplacé la FECS. Actuellement, le Consortium CPSE associe quinze pays et seize sociétés et publie quatorze journaux dont l’édition est confiée à Wiley-VCH. Parmi ces journaux se trouvent ChemistrySelect, journal généraliste créé en 2016, et le récent ChemViews qui a vocation à être le magazine de CPSE.

Dans le domaine des sciences analytiques, la SCF s’est associée à la GDCh pour créer en 2002 Analytical and Bioanalytical Chemistry (ABC) par la disparition d’Analusis et l’apport du Fresenius’ Journal of Analytical Chemistry édité par Springer Verlag. L’Espagne et l’Italie rejoignent ce partenariat qui voit la nomination de Philippe Garrigues comme l’un des éditeurs.

Ces journaux scientifiques internationaux sont les journaux de notre société ; ils sont largement reconnus avec des facteurs d’impact remarquables (5,8 pour Chemistry Eur. J. avec plus de 2 300 articles publiés annuellement, ou encore 7,2 pour ChemSusChem et 4,7 pour ChemCatChem).

À ces journaux scientifiques publiés en langue anglaise, s’ajoute pour chaque société nationale de chimie un magazine. Dès 1973, la SCF a lancé le sien, L’Actualité Chimique, qui traite de l’ensemble des sciences chimiques, de ses relations avec les autres sciences, l’industrie, la société, l’enseignement, du secondaire au supérieur, sans oublier l’histoire de la chimie.

En mars 2017 s’est tenue à Weinheim, au siège de Wiley-VCH, une réunion des rédacteurs en chef des magazines des partenaires de CPSE qui a permis de montrer les grandes similitudes de politique éditoriale de ceux-ci. On trouve dans ces magazines des actualités de la communauté nationale de chimie, un large choix de sujets avec un certain nombre de numéros thématiques, entre quatre et douze éditions annuelles avec un nombre de pages qui se répartit entre 300 et 1 200 suivant les sociétés, pour presque tous l’appui d’une lettre électronique régulière, et surtout l’usage de la langue nationale à laquelle sont très attachées toutes les sociétés. La résolution a été prise par ces rédactions nationales d’échanger davantage d’informations et de partager des articles d’intérêt commun, notamment sur la formation, l’éthique, l’histoire, les programmes européens ou encore des faits de société. Vous trouverez sans doute bientôt de telles publications dans nos colonnes.

En attendant de lire des nouvelles de nos partenaires européens, je vous invite à découvrir dans ce numéro les possibilités exceptionnelles et révolutionnaires de la miniaturisation des outils pour la chimie. Merci aux deux coordinateurs, Philippe Colomban et Valérie Pichon.

Couverture

Puce en silicium pour la microchromatographie en phase gazeuse comprenant une colonne gravée remplie de silice pulvérisée (section 50 mm, longueur 2 m) et des résistances intégrées pour assurer les gradients de température (face visible).
© Laurent Ollier.