N° 250 octobre 2001

L’énergie durable

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Rubrique : Éditorial

Nous avons publié récemment dans le journal un article consacré au « pétrole durable », c’est-à-dire produit par une industrie pétrolière prenant en compte l’aspect environnemental en se préoccupant du devenir du CO2 (L’Act. Chim., mai 2001, p. 3).
Je viens de lire un remarquable petit livre* qui traite des perspectives de l’énergie en se plaçant résolument dans une analyse de développement durable, c’est-à-dire prenant en compte les besoins de la société, l’impact sur l’environnement et l’économie. Ce livre, publié sous l’égide de la Société Française de Physique, aborde le problème de l’évolution des sources d’énergie à partir du constat de la situation actuelle que l’on peut résumer ainsi : le monde consommait en 1998 plus de 10 milliards de tonnes d’équivalent pétrole (tep) soit plus de 117 milliards de megawatt/heure et environ 73 % de cette consommation provenait des combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz). La contribution du nucléaire n’était que de 6,1 %, au même niveau que celle des systèmes hydrauliques. Cette consommation n’est pas, on le sait , équitablement répartie dans le monde et, par exemple, la consommation par habitant est aux États-Unis environ 2 fois ce qu’elle est en Europe et au Japon et 9 fois ce qu’elle est en Chine.

Quelle sera l’évolution des différentes sources d’énergie dans le futur ? C’est ce qu’expliquent les auteurs en fonction des réserves de matières premières, du rendement de leur transformation en énergie, du coût des investissements et de la production, et de la protection de l’environnement. De cette analyse, il ressort des informations comparatives sur les avantages et les inconvénients des différents moyens de produire l’énergie et le lecteur, grâce aux données techniques et économiques qui lui sont fournies peut se faire une opinion objective sur les choix pour le futur. En outre, on discerne mieux après cette lecture les verrous scientifiques ou technologiques qu’il faudra débloquer pour que l’on se place dans une perspective durable.

Si j’évoque l’intérêt de ce livre dans cet éditorial et non dans la rubrique « Livres et Médias », c’est parce q’il me semble que le Société Française de Physique joue pleinement son rôle de « société savante » en abordant, sans passion, un sujet d’actualité générateur de polémiques parce que les intervenants dans le débat n’utilisent pas les bons arguments.

Il ne manque pas de sujets de société dans lesquels la chimie est impliquée qui pourraient faire l’objet d’ouvrages de synthèse sous le couvert de la SFC... comme le fait la SFP !

Après cet « hommage du vice à la vertu », revenons à notre numéro. Pierre Vermeulin, dans une tribune libre, pose la question de la « chimie de l’environnement ». Si l’on comprend que résoudre un problème de protection de l’environnement peut ressembler à résoudre un problème de l’industrie, avec mobilisation de différentes disciplines vers un objectif, on perçoit moins bien l’émergence d’une discipline spécifique, sauf peut-être pour des cas particuliers comme la chimie dans l’atmosphère ou dans les sols, mais la discussion est ouverte...

La communauté des analystes nous propose à nouveau des articles. Merci, je souhaite que même après le lancement de « ABC  » (Analytical and Bioanalytical Chemistry) qui sera leur journal européen, cette communauté continue à nous adresser des revues.

Comme beaucoup j’imagine, j’avoue que je ne connaissais pas l’importance de la chimie finlandaise. Il n’y a donc pas de relation entre la taille d’un pays et son importance dans le domaine industriels de la chimie. La Suisse l’avait déjà démontré. Que se passe-t-il en France ?

Je ne peux terminer ces lignes sans adresser un témoignage de sympathie profondément attristée à nos amis américains.

* Bobin, J.-L., Nifenecker H., Stéphan C., L’énergie dans le monde : bilan et perspectives. Un dossier scientifique, EDP Sciences, mars 2001.

Bernard Sillion
Rédacteur en Chef