N° 353-354 juin-juillet-août 2011

La SCF pour la chimie, pas seulement pour les chimistes

Pagination : 1
Rubrique : Éditorial

L’adjectif « savante » ne signifie pas que les « sociétés savantes » soient des lieux où s’effectue la recherche scientifique. Où se trouvent donc leur rôle et leur compétence scientifiques ? Nous – membres de la SCF – connaissons la réponse : elle vient de ce que ses membres sont – ou ont été – des praticiens de la recherche ou de l’enseignement de la science. Ceci leur confère une capacité de réflexion et une autorité susceptibles de peser sur les choix, pourvu qu’elles sachent se faire entendre.

Il est intéressant d’évaluer sous cet angle la valeur ajoutée de ce rassemblement de sympathisants de la chimie qu’est la Société Chimique de France. Ne parlons pas ici des avantages offerts aux membres, bien popularisés dans les plaquettes destinées à faire ressortir l’« attractivité » de la SCF, mais de sa valeur ajoutée pour LA CHIMIE. Potentiellement, son activité pourrait se déployer sur les chantiers suivants :

Favoriser la force et la pertinence de la recherche en chimie
En France, le CNRS, bien entendu, agit constamment sur ces objectifs, par l’évaluation des individus et des laboratoires et par la mise en œuvre de sa politique nationale. Mais il ne couvre pas toutes les situations. La diversité de culture des membres de la SCF lui permet un autre brassage des diverses communautés de la chimie. Son organisation en divisions et sections régionales lui assure une présence différente au niveau du terrain qui la rend capable de mobiliser différemment les chimistes, au niveau régional et au niveau disciplinaire. Une société savante a vocation à cultiver les relations entre science académique et secteurs de recherche plus appliqués (le végétal, la santé, les ressources marines, l’énergie, l’environnement, etc.) pris en charge par les EPST [1] spécialisés comme l’Inra, l’Ifremer, l’Inserm... ainsi qu’avec les recherches conduites par et pour les industriels. Il y a là des champs où la présence de la chimie pourrait être rendue plus visible et/ou plus efficace en rapprochant laboratoire concepteur (académique) et laboratoire utilisateur. Notre revue, L’Actualité Chimique, est là pour servir de vecteur entre les acteurs.

Favoriser la réflexion sur la place de la chimie dans les problèmes de société (l’environnement, la santé, l’énergie, les technologies de la vie quotidienne...)
Cette réflexion est une responsabilité majeure du monde scientifique et elle concerne tout spécialement les chimistes : il faut rendre visible la progression de la connaissance à l’œuvre dans les laboratoires, en évoquer les conséquences sur la recherche scientifique elle-même et – question plus délicate – sur les retombées appliquées envisageables ou prévues. Il faut animer des « think tank » pour assurer cette mission dont l’enjeu n’est autre que la place de la science dans la société. Des institutions comme FutuRIS ou la Commission « Chimie et Société » de la Fondation de la Maison de la Chimie s’attellent en France à de telles réflexions, mais les compétences et l’ancrage dans le milieu qu’ont les sociétés savantes leur apporteraient une valeur ajoutée considérable.

Internationaliser la promotion de la chimie
Qu’il s’agisse d’animation scientifique ou de réflexions prospectives sur la recherche et sa place dans la société, le cadre national ne suffit plus, mais il est lourd et coûteux (en temps et en efforts) de le dépasser sans risquer la cacophonie. Les relations internationales comptent parmi les activités traditionnelles des sociétés savantes ; leur situation d’associations multi-composantes et parallèles aux institutions opérationnelles les y désigne comme des acteurs de choix. À l’heure où l’Union européenne cherche à harmoniser la recherche, elles doivent travailler ensemble pour imposer leurs voix.

Voici des objectifs bien ambitieux, proposés aux sociétés savantes, en l’occurrence à la SCF. Importants aussi, car ils visent à rendre plus solide la place de la science – particulièrement de la chimie – dans la société. Celle-ci, à écouter la rumeur de la communauté et des médias, se dégraderait, la méfiance se généraliserait : oppositions croissantes devant les innovations techniques, fléchissement (pour ne pas parler de crise) des vocations scientifiques chez les étudiants. Il s’agirait donc d’un objectif « vital ». Mais le caractère « vital » de l’objectif suffit-il à mobiliser ? Derrière les tâches évoquées plus haut, il y a du travail, beaucoup de travail, chronophage et parfois austère, et derrière les sociétés savantes (en particulier la SCF), il y a une communauté compétente mais difficile à mobiliser (c’est le désintéressement constaté dans les pays latins pour les sociétés savantes). Encore une quadrature du cercle pour la communauté scientifique : trouver le nouveau déclencheur d’un sursaut ou subir une triste évolution.

Ces tâches offertes ici aux réactions des membres de la SCF mériteraient d’être précisées ou critiquées par les lecteurs de L’Actualité Chimique − qui ont dû avoir maintes occasions de les rencontrer. Qu’ils n’hésitent pas à nous faire part de leur point de vue, de leurs suggestions ou de leur expérience ! Nous les publierons, à l’instar des échanges sur la « communication en chimie » qu’ils ne manqueront pas d’apprécier dans le présent numéro.

Paul Rigny
Rédacteur en chef

Couverture  : Conception graphique Mag Design d’après une idée de Gérard Férey.
Photo jongleur : © HeNkiS-Fotolia.com

[1EPST : établissement public à caractère scientifique et technologique.