N° 269 octobre 2003

La Vieille Dame et l’industrie chimique

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Rubrique : Éditorial

Deux articles de ce numéro se rapportent à des événements qui se sont déroulés cette année, décrétée « année de la chimie » en Allemagne. Ces événements sont la célébration du bicentenaire de la naissance de Justus Liebig, le symposium international Wacker (à l’occasion du centenaire de cette société) et l’assemblée annuelle du CEFIC. On mesure l’importance du rôle joué par la société de chimie allemande (GDCh) dans l’organisation de cette « année de la chimie » et de ces manifestations, mais surtout, on perçoit la force des liens, dans la chimie allemande, entre son industrie et sa société savante.

Il ne semble pas que cela soit le cas pour la chimie française. Si l’on examine pour l’année 2002 la part des adhésions « industrielles » parmi les membres de la SFC, on remarque qu’il n’y a que 480 personnes physiques et six sociétés. Les indicateurs pour 2003 montrent, hélas, que ma situation ne s’améliore pas, et l’on déplore même le retrait d’un groupe français comme personne morale et des 36 personnes physiques y appartenant. On peut croire que seules des difficultés financières expliquent le désintérêt de l’industrie pour la SFC, alors que les sommes mises en jeu disparaissent très loin derrière la virgule du montant des charges dans un compte d’exploitation. Les causes sont sans doute à rechercher ailleurs. Quelques questions tout d’abord : combien y a-t-il de cadres dirigeants de l’industrie en activité au Conseil d’administration ? Si l’on excepte le bureau de la SFC où l’on trouve deux personnes ayant exercé des postes de responsabilité dans l’industrie, l’association est très largement dominée par le monde universitaire. Dès lors, comment l’industrie pourrait-elle s’intéresser à un groupe dont elle ne peut orienter les activités ? Mais pourquoi, chers collègues industriels, ne cherchez-vous pas à être plus présents, à l’image de ce que font vos collègues allemands ?

La Société Française de Chimie est une Vieille Dame de près de 150 ans ; on lui baise respectueusement la main, on la courtise habilement car elle peut dispenser des faveurs recherchées, mais ses charmes sont intacts, elle favorise des rencontres entre toutes les disciplines scientifiques et croyez bien que la recherche appliquée ne la laisse pas indifférente. N’accueille-t-elle pas maintenant, avec bienveillance (ô certes avec une sage lenteur et bien des précautions), des divisions, pluridisciplinaires ? De plus, n’est ce pas là le lieu où vous pouvez retrouver ceux qui forment vos cadres et techniciens ? Alors, chers collègues industriels, ne serait-il pas opportun de profiter de ces bonnes dispositions pour regrouper toutes ces petites sociétés, que vous soutenez peu ou prou, qui viennent en aval de la recherche en chimie mais se nourrissent d’elle, afin de faire enfin une grande société de chimie dans laquelle vous traiteriez de pair à compagnon avec les collègues universitaires ? La Vieille Dame est accueillante, elle fait partie de notre patrimoine commun, et si vous l’aidez à contourner les obstacles (ce que doit faire toute personne bien élevée à l’égard des personnes âgées), elle pourra s’asseoir en bonne place avec ses collègues européennes, elle vous en sera reconnaissante ; mais surtout, l’image de la chimie française en tirera bénéfice. Puisse la Conférence Pasteur être l’étape de cette construction.

Bernard Sillion
Rédacteur en Chef