N° 452 juin 2020

La chimie confinée ?

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Rubrique : Éditorial

Au moment où ce numéro sortira, nous serons peut-être presque tous déconfinés, c’est du moins ce que nous souhaitons. Dans le mot confinement il y a « fin » !
Depuis mi-mars, nous traversons une période éprouvante et pourtant, l’activité de recherche s’est accrue dans les domaines de l’épidémiologie, la virologie, la modélisation, l’imagerie, les systèmes respiratoires, l’infectiologie, les vaccins… Et la chimie a été très présente. Il suffit de parcourir tous les articles en open access grâce à l’initiative commune des éditeurs scientifiques mondiaux pour le vérifier.
Modestement, L’Actualité Chimique a aussi donné accès aux articles publiés en ligne et la Société Chimique de France a consacré sur son site une rubrique « actus Covid-19 » relayant les initiatives de tous ceux qui nous ont informés de leurs résultats, conférences, livres, vidéos...
Cette activité scientifique mondiale inhabituelle a permis d’avancer, de sauver des vies. Pour qu’elle soit productive, les états, les pouvoirs publics, les institutions, les industriels, les fondations, ont soutenu financièrement les initiatives.

L’enseignement est moins starifié et pourtant

Le monde de l’enseignement a été mis à rude épreuve, qu’il s’agisse des enseignants ou des élèves, lycéens, étudiants, doctorants. Collectivement, ils ont innové et surmonté les difficultés, et nous espérons que la rentrée sera un beau moment de retrouvailles avec des milliers d’anecdotes à partager. Elles auront façonné la transmission et l’acquisition de connaissances.
Dans son « à propos », Hervé This soulève une nécessaire rénovation des études supérieures. Cette question fait écho aux interrogations des professeurs de chimie en classes préparatoires : ils tirent une sonnette d’alarme, constatant cette année que le poids de la chimie dans les concours d’admission à l’école polytechnique et à l’école centrale diminue, alors que les professeurs d’université déplorent la décroissance du nombre d’heures accordées à la chimie. N’y a-t-il pas là comme un défaut ? Le numéro de Nature Index du 29 avril 2020 [1] consacré à « The rising stars in chemistry » et « Ten countries with high performing hubs of natural sciences » donne un aperçu du poids de la chimie dans les grands pays : la Chine en tête et la France, sixième. Ça fait réfléchir.

Un numéro diversifié, joyeux et positif

Merci à nos auteurs. Leur diversité est riche en personnalités, domaines de recherche et disciplines. Au fil des pages, vous retrouverez l’étymologie avec Pierre Avenas, la polémique autour des fongicides avec Agnès Jacquesy et Claude Monneret, les promesses des états hybrides lumière matière avec Thomas Ebbesen, la lutte contre le dopage avec Patrick Arpino, la construction d’un colorimètre par Jérôme Randon, et l’apport de la RPE à la connaissance de la matière extraterrestre avec Didier Gourier et Frances Westall.
Les chimistes ont été confinés mais la chimie ne le sera jamais, au sens « enfermée par des limites ».

Patricia Pineau
Rédactrice en chef

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Photo : © Nasa.