N° 331 juin 2009

La chimie, une ambition pour la France et l’Europe. Et si la morosité n’était pas une fatalité ?

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Rubrique : Éditorial

Nous vivons sous une raison professionnelle qui donne bien du souci. Chercheurs, nous voyons notre discipline mise à mal par les disciplines voisines : physiciens et biologistes la considéreraient comme juste bonne à leur fournir « du service », niant sa créativité propre ; enseignants, nous voyons se réduire les effectifs des étudiants en chimie, voire même le volume des cours de chimie ; industriels de la chimie, nous sommes accusés de tous les maux de l’environnement malgré la réorientation souvent réussie de nos activités ; citoyens, nous devons nous garder d’être les boucs émissaires des agressions réelles ou supposées à la santé auxquelles nous expose le XXIe siècle.

Réunion originale — à l’invitation de la Fondation de la Maison de la Chimie — de toutes les professions de la chimie représentées au plus haut niveau, la journée du 10 mai 2009 devra sonner le glas de la passivité devant cette morosité. Sous le titre « La chimie, une ambition pour la France et l’Europe », son mot-clef était « ça suffit ! » et elle a d’emblée entrepris de bousculer les attitudes : nous ne voulons plus « défendre la chimie », nous voulons l’affirmer comme détentrice (voire principale détentrice) des solutions aux problèmes qui hantent les médias et les citoyens : la crise économique, celle des ressources, les risques opposés à l’environnement et la santé. Telle est la principale conclusion de la journée qui est maintenant consignée dans une charte par laquelle, « afin de faire de la chimie durable une ambition pour la France et l’Europe, les principaux acteurs de la chimie affirment leur volonté commune » et déclinent les lignes d’actions futures.

La charte sera un instrument puissant pour le lancement d’actions concrètes à entreprendre en commun par tous les acteurs, actions particulièrement nécessaires dans le domaine de la communication, qui se trouve en première ligne pour n’avoir pu éviter la difficile situation actuelle et sollicitée de se mobiliser en priorité pour la nouvelle dynamique en train de se créer.

Mais les affirmations ne suffiront pas toutes seules. Cela a été illustré par plusieurs intervenants : il ne faudrait pas accuser le monde extérieur de surdité, les chimistes doivent d’abord parler plus unis, plus fort, ils doivent « proposer » et proposer ensemble. Exemple :les normes ! Sur le bio, sur les additifs alimentaires, sur les déchets, sur la pollution... que les chimistes prennent les devants et « proposent ». Il ne suffit pas qu’ils soient de bons élèves : communauté qui maintenant prône le « responsable » et, de mieux en mieux le pratique, elle pourrait devenir celle qui montre la voie, celle qui définit les orientations scientifiques et industrielles.

Le tournant semble pris que toutes tendances confondues, unis autour de la charte, les chimistes entendent ces appels. Des actions vont naître, naissent déjà : un site dédié est créé ; un rendez-vous est pris pour l’an prochain pour rendre compte non pas la main sur le cœur mais avec déjà des résultats et pour jeter les bases d’un travail élargi, au-delà de la communauté des chimistes, à la société tout entière étendue au monde ssociatif.

Paul Rigny
Rédacteur en chef

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