N° 323-324 octobre-novembre 2008

La parité : oubliée de la réforme du système français de recherche

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Rubrique : Éditorial

Quatre ans de militantisme, quatre ans d’espoirs usés par trop de promesses non tenues (de concertation, de statuts, de budgets…) et le sentiment d’assister impuissant à l’installation de ce que l’on avait voulu éviter : l’Université d’automne de « Sauvons la Recherche », début octobre 2008, collait trop cette année à cette saison éponyme réputée triste. Mais l’association a de la ressource et a proposé aux participants des débats qui, pour être un peu éloignés de l’action immédiate, n’en sont pas moins des réflexions importantes : « le pouvoir politique contre la liberté de l’activité créatrice », « la montée de la précarité des emplois », « la parité dans la recherche et l’enseignement supérieur. »

Relativement découplée des réformes en cours dans notre pays, cette dernière question conduit à un regard critique sur notre société. C’est même une préoccupation reconnue par les instances politiques nationales et internationales : il existe un thème sur ce sujet au programme cadre de l’Union européenne, une mission au niveau ministériel en France et dans plusieurs autres pays. Le constat est bien connu : à toutes les barrières (diplômes d’enseignement supérieur, promotions à tous les stades, place dans les instances d’évaluation ou d’expertise), les femmes rencontrent un filtre plus exigeant que leurs confrères, discriminations qui conduisent au (tristement) fameux « plafond de verre ». Les effets néfastes de cette situation peuvent s’analyser selon trois axes :

  • Économique : comment accepter de mal exploiter la ressource intellectuelle de la moitié de la population alors que les enjeux à l’innovation sont si exigeants ?
  • Moral : comment accepter l’injustice qui se cache (pas toujours efficacement d’ailleurs) derrière les évolutions professionnelles ?
  • Sociologique : les forces qui déterminent les orientations des politiques de recherche (priorités thématiques, décisions sur les moyens, sélection des responsables) sont aujourd’hui dominées par les critères masculins. Les femmes, probablement moins fascinées par le lourd et le spectaculaire, feraient souvent d’autres choix.

Bien identifié dans nos milieux, mais aussi fort bien toléré (surtout par les hommes), le problème de la parité renvoie vite au milieu politique. Il y a bien une « mission ministérielle de la parité » qui décerne les prix Irène Joliot-Curie et l’opération L’Oréal-Unesco « Les femmes et la Science » qui est appréciée et fort bien médiatisée, mais la situation concrète ne semble pas s’améliorer significativement et risque même de se dégrader. Ainsi l’évolution des statuts des personnels de recherche en France où se repousse l’âge des recrutements stables – en particulier comme conséquence indirecte de la nature des financements des projets de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) – éloigne les candidates. Dans ses « programmes-cadres », l’Union européenne interpelle la sociologie à juste titre (appel à des statistiques, analyses sociologiques des comportements en milieu professionnel). C’est certainement une condition à respecter pour mieux prendre la mesure des détriments causés à la société et à la recherche par les manquements à la parité comme pour définir et assurer l’efficacité de mesures concrètes. Mais on ne saurait se contenter de cette approche de long terme : au moment où le système français de recherche et d’innovation connaît des réformes drastiques, il serait désolant de ne pas le voir se saisir concrètement et spectaculairement de la question de la parité. On trouvera certes que nous parlons d’or, car il faut reconnaître que la Société Chimique de France ne peut se donner en exemple : n’y a-t-il jamais eu de chimiste femme dans son « bureau » ? À sa présidence ?

Un tout autre sujet pour terminer cet éditorial : nous souhaitons attirer l’attention de nos lecteurs sur le caractère exceptionnel du numéro thématique qui suit. Les auteurs des articles sont en effet en grande majorité des chercheurs de laboratoires industriels. La pertinence des approches, la compétence des recherches sont remarquables, même si on devait les évaluer sur les critères académiques. Nous en sommes d’autant plus frustrés, à L’Actualité Chimique, que nous réussissons mal à nous associer plus largement et plus fréquemment la collaboration des nombreux scientifiques de qualité présents dans toutes les branches de l’industrie chimique ou pharmaceutique. Est-ce la branche « Cosmétique » qui se distingue ici ou est-ce le talent de la coordinatrice du numéro, Véronique Nardello-Rataj, qui a su, main de fer et gant de velours, convaincre ses correspondants ? Quoiqu’il en soit, nous la remercions très vivement ainsi que tous les auteurs qui nous transmettent leurs si intéressantes recherches.

Paul Rigny
Rédacteur en chef

Couverture

Gloss à lèvres et crème. © Bionessence
Des liposomes, pour encapsuler des cosmétiques ou des médicaments. Le liposome est une vésicule biodégradable constituée d’une double couche de phospholipides et d’un compartiment aqueux. Le principe actif est encapsulé dans la phase aqueuse quand il est hydrophile, et dans la bicouche quand il est lipophile. La structure phospholipidique du liposome est proche de celle de la membrane de la cellule : on dit qu’il est biomimétique. Un liosome est environ 70 fois plus petit qu’un globule rouge. Sa taille varie entre 100 et 300 nm. Ici, des liposomes simples, vesteurs de médicament de première génération, dont la cible principale est le système hépatique.
© CNRS Photothèque/Sagascience/ François Caillaud