N° 266 juin 2003

La politique et la chimie

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Rubrique : Éditorial
Mots-clés : Chimie, public, politique.

La chimie est perçue, et c’est là un de ses paradoxes, de deux manières par le politique selon sa position. Au niveau de l’État, elle apparaît brillante ; 2e producteur européen, 5e producteur mondial, fortement exportatrice, 2 000 entreprises, 240 000 emplois dont 77 % en PME-PMI, donc tout va bien ! Au niveau de la commune ou de la circonscription…, il y a l’usine… et l’on vit dans la crainte de l’incident.

Le colloque parlementaire « Améliorer l’image et la valeur de la chimie en France », organisé à l’initiative de Mme Comparini, députée du Rhône et présidente de la région Rhône-Alpes (la 2e après l’Ile-de-France pour l’implantation de sites chimiques), a eu l’immense mérite de mettre en perspective ces deux visions. Des représentants au plus haut niveau de la grande industrie ont expliqué leurs résultats et les voies et moyens employés pour que la sûreté des installations industrielles ne soit pas une source d’inquiétude pour les populations, donc pour les élus locaux.

Le colloque n’a cependant pas totalement répondu à la question de l’amélioration de l’image de la chimie dans le public. Pourquoi ? On peut comparer la chimie à un immense iceberg : la partie visible, c’est son image actuelle ; celle que le public perçoit : la chimie lourde, avec ses usines en site périurbain. Améliorer cette image, c’est bien ; mais faire connaître, la partie cachée de la chimie, la plus importante, celle qui discrètement met au point des produits et objets qui améliorent la qualité de la vie, est une action indispensable pour donner une image complète et correcte de cette science.

Il est certes souhaitable que le politique soit convaincu que ce qui constitue la part visible de l’iceberg est géré de manière rigoureuse par ceux qui en ont la charge ; mais si l’on veut préserver l’avenir, et faire en sorte que les jeunes se sentent attirés par les études scientifiques et par la chimie en particulier, il faut que le monde politique et l’ensemble de la population sachent combien la vie quotidienne est dépendante de la chimie.

En décembre 1999, nous avions publié avec le CNRS un numéro spécial de L’Actualité Chimique intitulé « Chimie et vie quotidienne », dans lequel nous déclinions les rôles le plus souvent discrets, pour ne pas dire masqués, mais néanmoins indispensables joués par la chimie en médecine, dans les technologies de communication, dans les transports, l’habillement, les loisirs, pour la sauvegarde de l’environnement etc. Mais là encore, nous prêchions pour un public de fidèles déjà convaincus et malheureusement, notre audience et son impact sont peu importants au-delà de lecteurs initiés.

C’est aux sociétés savantes et aux grands organismes de recherche qu’il incombe de faire une importante démarche de communication vers un public plus large pour montrer qu’il n’y a pas d’innovation sans recherche et sans industrie pour les développer. Cette opération de communication pourrait prendre la forme de journées itinérantes dans les régions sur de thèmes comme « Chimie et bien-être physique », « Chimie et confort », « Chimie et technologies de pointe », « Chimie et environnement, la chimie du futur »… Bien entendu, ces journées doivent être ouvertes à un public large. Cette idée a reçu un accueil favorable en région Rhône-Alpes où l’on attend des propositions concrètes. Pour cela, la SFC a pris des contacts avec l’UIC, Chimie et Société et le CNRS pour établir un large partenariat.
Nous pensons que sans cette information d’une grande rigueur scientifique mais ouverte à tous, dans le style de l’« Université de tout les savoirs », la chimie risque de rester dans les esprits un jeu d’apprentis sorciers.

Bernard Sillion
Rédacteur en Chef