N° 248 juillet-août 2001

La poule et l’œuf

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Rubrique : Éditorial

Le Président Bush, au début de l’année, expliquait qu’il n’imposerait pas de réduction d’émission de CO2 pour les centrales électriques fonctionnant au fuel lourd ou au charbon. Ce changement de position, s’il satisfait une grande partie de l’industrie lourde inquiète pendant la campagne électorale, provoque l’indignation des groupes environnementalistes et de certains législateurs qui avaient préparé un projet de loi sur la réduction des émissions de polluants. Il s’agit, évidemment, d’arguments économiques basés sur une analyse du Department of Energy (DoE) qui estime que le surcoût de la captation du CO2 ferait évoluer la production d’électricité vers les centrales utilisant le gaz naturel, ce qui entraînerait une augmentation du prix de l’électricité préjudiciable au développement économique. Le fossé se creuse, comme les médias ne cessent de le souligner, entre les États-Unis et l’Europe sur ce sujet et le responsable du programme des Nations-Unies sur l’environnement estime que sans le « leadership » des États-Unis, aucune action efficace sur les changements climatiques n’est possible. Que disent les scientifiques ?

En Europe, on admet que le CO2 émis par les rejets des véhicules et par les installations industrielles joue un rôle important sur le réchauffement climatique, et le passage de 250 ppm à 360 ppm observé depuis le début de l’ère industrielle est en grande partie imputable aux activités humaines. C’est ce que confirme le compte rendu d’un colloque organisé par le Groupe de Prospective du Sénat dont Claude Mordini rend compte dans ce numéro, sous le titre évocateur : « Tempêtes sur l’avenir : le réchauffement climatique ».
Aux États-Unis, il semble que les milieux scientifiques ne parlent pas d’une seule voie : j’ai noté un papier dans Chemical Innovation de Robert H. Essenhigh, Professor of Energy Conservation à l’Ohio State University, qui arrive à des conclusions opposées. Selon cet auteur, le réchauffement a des causes naturelles. L’Océan Arctique en serait responsable par un mouvement d’oscillation de la calotte de glace dans les régions polaires du Nord et il rappelle que l’eau, sous forme de gaz, est le principal agent (95 %) responsable des interactions avec le rayonnement. De plus, il souligne que les coefficients d’absorption du CO2 à la concentration de 400 ppm sont de 10 à 100 fois trop faibles pour jouer un rôle significatif. Il conclut que c’est l’élévation de température qui est responsable de l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère (par échange avec les océans) et non l’inverse.

En bref, nous avons une version moderne de l’histoire de la poule et de l’œuf. Au-delà de l’explication de la cause du réchauffement de la Terre qui ne semble pas scientifiquement établie, il n’en reste pas moins vrai que le traitement des déchets de l’industrie ou des transports doit être assuré, indépendamment du problème du réchauffement. Peut-on espérer que les aspects techniques soient abordés par les scientifiques sans entrer dans une logique politico-écologiquement correcte qui ouvre le tiroir caisse de ce côté-ci de l’Atlantique, ou dans une logique politico-industriellement correcte qui le maintient fermé de l’autre côté ?

Bernard Sillion
Rédacteur en Chef

Couverture

Premier cercle chromatique de Michel-Eugène Chevreul. © Académie des sciences, Paris.