N° 430-431 juin-juillet-août 2018

La recherche française à l’honneur

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Rubrique : Éditorial

L’Actualité Chimique, le journal de la Société Chimique de France, informe et met en lumière les travaux conduits, en France, par des chercheurs académiques et industriels qui développent la chimie et ses applications, essentielles à la vie, l’innovation et la réputation.
Dans ce numéro, vous trouverez un florilège d’articles sur des recherches uniques porteuses d’espoir et avec un retentissement sociétal indéniable.

Inconnue, il y a cinquante ans
Couronnée en 1987 par un prix Nobel décerné à Jean-Marie Lehn, la chimie supramoléculaire est un territoire où la France a pris un « lead » mondial indiscutable. Nous lui consacrons un dossier spécial et les auteurs, que nous remercions, vous conduiront au fil des pages des concepts aux applications. Le potentiel est perceptible d’article en article et comme les chercheurs sont modestes, ils ne survendent pas et pourtant… l’excellence est au rendez-vous.
Avec cette chimie qui implique des liaisons faibles entre des molécules, le champ des possibles est vaste. Des structures cages des années 1970 aux auto-assemblages d’aujourd’hui, les variations s’enrichissent et les applications se diversifient : catalyse, dépollution, piégeage des pathogènes, transfert d’énergie… Les titres des articles parlent d’eux-mêmes et vous serez sans doute sensibles à la beauté des assemblages et à la diversité des approches. Mais surtout, vous découvrirez le génie qui anime nos chimistes.

À la rescousse de Fukushima
Dans un tout autre domaine, encore des chimistes français qui se distinguent par leur inventivité. Après la catastrophe de Fukushima, les chercheurs du monde entier et les industriels ont tiré des enseignements et engagé des ressources importantes pour éviter que de telles catastrophes se reproduisent, mais aussi pour réparer les conséquences, en particulier : comment décontaminer ? Vous découvrirez qu’une solution mise au point entre le CEA, Orano, Veolia et la société japonaise ANADEC est en cours de test pour traiter les sols contaminés. Ingénieuse, prometteuse, elle devrait être généralisée de concert avec les autorités japonaises.

Alors, pourquoi évaluer sans arrêt ?
Si la recherche française est de très bon niveau, avec une industrie chimique florissante, pourquoi les institutions et commissions diverses et variées conduisent des évaluations tous azimuts ? Dans sa chronique, Jean-Claude Bernier s’interroge sur le bien-fondé des évaluations qui embolisent les chercheurs pour rédiger des rapports ou se soumettre à des enquêtes. Ces tâches sont consommatrices de temps et de ressources, débouchent sur des réorganisations, des redistributions des subventions, et la contrepartie est un déficit de temps pour former, réfléchir, créer, innover. Autant dire une entrave à l’excellence.
Cette tendance à l’évaluation est surprenante, en particulier pour la chimie, reconnue par l’Union des Industries Chimiques comme « un atout pour la France », créatrice d’innovation et s’appuyant sur un réseau de laboratoires de recherche et de startups, à la pointe dans de multiples domaines.
Malgré son ton posé, ce sujet peut fâcher quelques lecteurs ; alors prenez du plaisir à lire le dossier « Chimie supramoléculaire » ainsi que les rubriques que vous aimez, comme le clin d’œil étymologique consacré au white-spirit cette fois-ci, ou l’« à propos » et pourquoi pas la rubrique « livres »…

Patricia Pineau
Rédactrice en chef

Couverture

Rotation de molécules dans un réseau organique nanoporeux. © F. Palmino/FEMTO-ST.