N° 332 juillet 2009

Le chimiste, la science et le terrain

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Rubrique : Éditorial

On ne fait rien sans une mission, on ne fait rien sans moyens. Toute organisation humaine doit intégrer cette dualité. Le concept bien connu d’« organisation matricielle » permet d’appréhender, dans une version simple, l’implication de cet impératif sur l’organisation des systèmes. Une entreprise vend n lignes de produits dans p pays. Elle peut installer n chefs de produits et organiser l’international pour chaque produit ou installer p responsables de secteurs géographiques qui gèrent chacun l’ensemble des n produits. Aucun de ces schémas d’organisation n’est intrinsèquement supérieur à l’autre ; en pratique, une entreprise adopte l’une ou l’autre de ces structures pragmatiquement en fonction des difficultés les plus prégnantes du moment : une ligne prioritaire (produit ou pays) est alors définie. La recommandation est d’effectuer un « re-battage des cartes » périodique pour éviter que l’une des lignes ne finisse par être occultée. La compatibilité entre les lignes ne va pas de soi — des divergences d’interprétation, pour ne pas parler de « conflits », sont naturelles ; la direction générale est là pour gérer ces relations.

En empruntant cette métaphore, nous ne nous éloignons pas de la Société Chimique de France. Celle-ci doit animer la communauté selon les sous-disciplines de la chimie, et ce sont ses « divisions » qui reçoivent délégation en ce qui concerne les activités scientifiques de leur domaine. Elle doit aussi l’animer selon les régions, là où vivent les chimistes, là où domine l’aspect humain. Ce sont les sections régionales qui sont chargées des questions correspondantes en s’appuyant sur leur proximité avec les membres ou les futurs membres, avec le public pour les actions de communication, avec les entreprises de leur secteur et bien sûr avec les universités et les écoles de leur région.

Culturellement, notre milieu scientifique place la science comme valeur suprême : on est organicien ou physico-chimiste, avant d’être Alsacien ou Auvergnat — tout au moins dans sa vie professionnelle. Les divisions, ainsi, sont de droit toutes représentées au Conseil d’administration ; certaines sections régionales seulement le sont. Peut-être serait-il temps d’impulser une nouvelle phase où les priorités s’équilibrent autrement. Toutes les composantes de la SCF font bien leur travail mais remarquons ceci : pour l’animation des sous-disciplines de la chimie, la SCF n’est pas seule - le CNRS, ses programmes incitatifs et son Comité national, l’ANR par ailleurs aujourd’hui agissent sur ce créneau. L’animation régionale est au contraire souvent absente des préoccupations des autres acteurs alors que la SCF, par ses sections régionales, peut faire état de belles réussites en la matière.

Pour schématiques qu’elles soient, ces réflexions qui s’imposent de rester simples pour respecter le cadre d’un éditorial suggèrent une proposition. Si la SCF veut plus d’adhérents, alors qu’elle soit plus proche de ses membres ou des ses futurs membres ! Qu’elle leur ouvre des contacts par des échanges directs et diversifiés entre chimistes de tous types (tous statuts, toutes disciplines, entre chimistes fondamentalistes et chimistes appliqués) ! Qu’elle appuie les sections régionales de toutes ses forces !

La qualité du travail des divisions et des sections régionales et le dévouement de leurs responsables sont l’atout de notre association. Les premières sont là pour assurer le niveau et la pertinence scientifiques, pour assurer un langage commun. Les secondes, chargées de l’animation concrète, locale, au niveau des personnes, sont alors là pour créer des ensembles de collègues solidaires, ces « clubs » locaux qui doivent constituer le corps de notre Société Chimique de France et que les individus sont heureux de rejoindre, heureux de s’activer pour la chimie.

Paul Rigny
Rédacteur en Chef

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