N° 280-281 novembre-décembre 2004

Le citoyen et une société du savoir

Pagination : 3-4
Rubrique : Éditorial

Les États généraux de la recherche viennent de s’achever par l’approbation d’une plate-forme de propositions qui, espérons-le, devrait alimenter le contenu d’une future loi d’orientation de la recherche.

La tenue de ces assises grenobloises est avant tout le fruit d’un nouveau pacte souhaité entre les chercheurs eux-mêmes, véritables créateurs de savoir, et une société toujours désireuse de mieux percevoir les conséquences de nouvelles avancées technologiques ou scientifiques. Le lien unissant une découverte fondamentale à une recherche finalisée est souvent très mince, voire ténu. Dans ce numéro, vous découvrirez comment la « success story » de Palumed en est une preuve éclatante. L’Actualité Chimique est particulièrement honorée de la publier car au moment où l’article était en composition, nous apprenions la nomination de Bernard Meunier à la présidence du CNRS. Cette nomination est sans nul doute un encouragement pour tous les scientifiques travaillant dans les différents secteurs des sciences chimiques. Elle est également un signe fort en direction de tous les créateurs de savoir, enseignants et industriels interpellés par l’apport des innovations au service du mieux être de nos concitoyens.

L’évolution actuelle des relations entre les scientifiques et la société est à l’origine de nombreux colloques spécialisés ou de conférences grand public ; autant de moments privilégiés pour échanger des points de vue, communiquer avec le profane, participer à la divulgation des connaissances. Le congrès international « Public Images of Chemistry in the XXth Century » qui s’est tenu à Paris en septembre 2004 donne toute la mesure des enjeux sociétaux nés des multiples perceptions qu’a le citoyen d’une discipline scientifique. Bien entendu, ces perceptions ont changé entre les époques marquées par Lavoisier, Berthelot, Van’t Hoff ou Pauling. L’histoire des sciences est là pour en témoigner. Mais qu’en sera t-il de la divulgation des connaissances au cours du XXIe siècle ?

L’Actualité Chimique a souhaité apporter sa contribution à une réflexion essentielle pour le développement d’une société du savoir. Le profane peut-il se découvrir des atomes crochus avec le monde des sciences ? En donnant une suite favorable au projet rédactionnel de Richard-Emmanuel Eastes et Francine Pellaud de concevoir un numéro thématique sur la médiation de la chimie, la rédaction s’est d’emblée sentie convaincue d’ouvrir largement les colonnes du journal à un domaine complexe pour lequel transmission, enseignement, divulgation, partage des connaissances sont les maître-mots. Existe-t’il une seule bonne pratique de la vulgarisation scientifique ou faut-il, pour améliorer la médiation, aller plus loin en envisageant de nouvelles pistes de réflexion ?

Les sciences chimiques constituent l’ossature principale de ce numéro thématique, mais les coordonnateurs ont habilement élargi le propos et les perspectives qui en découlent en faisant référence à d’autres champs disciplinaires. Ils ne pouvaient rassembler plus belles signatures pour concevoir un ouvrage collectif au service de l’information et de la communication scientifique en général et de la chimie en particulier. Que les coordonnateurs et auteurs en soient vivement remerciés et félicités.

À travers le traitement de la médiation scientifique avec différents niveaux d’analyses,
l’ensemble des contributions fournit des éclairages complémentaires sur des aspects sociologiques de la connaissance, voire une approche philosophique de l’éveil du profane envers les sciences ; autant d’éclairages souvent inédits ou insoupçonnés pour les créateurs de savoir eux-mêmes et ceux qui ont en charge de le transmettre. Mais il est essentiel que ces éclairages soient bien perçus pour favoriser l’engouement des nouvelles générations et de la société toute entière envers la culture scientifique.

Yann-Antoine Gauduel
Rédacteur en chef

Couverture

© Marine Couderc.