N° 408-409 juin-juillet-août 2016

Le prix du carbone, quel effet ?

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Rubrique : Éditorial

Que l’on rende les activités humaines exclusivement responsables du réchauffement climatique, ou que l’on envisage des facteurs multiples à l’origine d’un phénomène aussi complexe, cela ne veut pas dire être « climatosceptique ». Le contrôle de l’effet de serre et de la limitation des émissions de CO2 reste de notre responsabilité, même si El Niño y échappe...

Ignorant généralement tout de l’histoire du climat, notamment en Europe, avec ses fluctuations apparemment aléatoires, la plupart d’entre nous trouvent rassurant de ne retenir que quelques éléments explicatifs synthétiques. S’interroge-t-on par exemple sur la part liée aux activités industrielles ? Quelle est celle des émissions dites diffuses, celles des consommateurs, du transport, de l’habitat, des TIC, des multiples instruments connectés… (dont la chaleur émise permet de chauffer une piscine par exemple) ? Le mécanisme d’échange des quotas en Europe ne s’applique qu’aux industriels. La Californie a mis en place un mécanisme spécifique, dit « quotas upstream », basé sur la distribution, l’objectif étant d’intégrer les émissions diffuses et d’introduire une attitude plus proactive des consommateurs.

Comme toujours, une analyse critique et nuancée permet d’espérer comprendre la manière dont le marché réagit face à l’instabilité du prix du pétrole. Un pétrole et un gaz à bas coût comme nous les connaissons actuellement sont-ils des freins à une action efficace ou peuvent-ils être de bon augure ? Les compagnies pétrolières tendent à limiter actuellement leurs investissements lourds dans des gisements polluants, comme le gaz de schiste et les sables bitumineux au Canada, les hydrocarbures de l’Arctique ou les forages marins en zones ultra profondes.

Le marché des renouvelables se porte d’ailleurs plutôt bien et est en croissance dans presque tous les pays : + 9,5 % aux États-Unis (doublement en dix ans), 6 % de la consommation énergie en Europe, et l’Australie suit la même ligne stratégique. L’Agence internationale de l’énergie prévoit que 26 % de l’électricité dans le monde viendra des énergies renouvelables en 2022, grâce notamment aux efforts des pays en développement (la Chine détient un tiers de la puissance mondiale de l’éolien et 20 % du solaire !). La recherche de solutions « bas carbone » et sa valorisation (capturestockage-utilisation) avancent, même si de nombreuses questions scientifiques et technologiques restent posées, notamment les contraintes géologiques [1].

Nos collègues économistes outre-Manche avaient été parmi les premiers à évaluer le coût des phénomènes climatiques extrêmes, en particulier des inondations dans le sud-est de l’Angleterre. Nous en observons concrètement les effets dévastateurs au Bangladesh, sur le continent indien, sur les îles du Pacifique. De nombreux économistes s’accordent maintenant sur l’impact du réchauffement climatique sur l’activité économique et la croissance liées aux risques d’événements extrêmes et leurs dégâts en termes de sécheresse et d’inondation (impact sur l’agriculture, et donc l’alimentation), sur la productivité comme sur les migrations de populations menacées par les intempéries. Dans une récente publication de Nature Climate Change [2], cet impact a été estimé à près de 2 200 milliards d’euros, soit 1,8 % des actifs financiers mondiaux, si la température s’élève jusqu’à 2,5 °C.

En 2015, la Société Chimique de France a pris l’initiative d’organiser un grand colloque à Lille (SCF’15), où de nombreuses approches ont été évoquées et discutées, mettant en exergue ce que la chimie peut et doit faire dans ce contexte, la pression étant élevée. Dans ce numéro thématique qui y fait suite, nos lecteurs trouveront les éclairages originaux qui leur permettront de dialoguer avec leurs interlocuteurs pour qui la chimie est décidément plus un problème qu’une solution.

Ce numéro a été piloté par Stanislas Pommeret et Hervé Toulhoat (membres du Bureau de l’inter-division Énergie de la SCF), et suivi au plus près par Jean-Pierre Foulon, que nous remercions pour sa relecture exigeante. L’équipe rédactionnelle a, comme toujours, été en première ligne pour réussir ce numéro.

Quant à moi, mon mandat de rédactrice en chef touchant à sa fin cet été, comme le fit le sénateur romain Cincinnatus retournant à ses champs et sa charrue, je laisse la place et souhaite sincèrement à mon successeur une réussite sans ombre.

Rose Agnès Jacquesy
Rédactrice en chef

Couverture

Visuel : © Nasa. Conception graphique : Mag Design.

[1Hamida H., Belkhatir A., Tchouar N., Les aléas physico-chimiques de l’activité de séquestration du CO2 : état de l’art et retours d’expériences du site pilote de Krechba (In Salah), L’Act. Chim., 2016, 404, p. 28.

[2Nature Climate Change, 4/4/2016.