N° 308-309 mai-juin 2007

Les 150 ans de la SFC... ou de la SCF ?

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Rubrique : Éditorial

Le congrès solennel de notre société, SFC07, qui se tiendra en juillet prochain à Paris, fête le 150e anniversaire de la SFC. Mais en fait, c’est la SCF et non la SFC qui a été fondée il y a 150 ans !
Derrière ces sigles, il y a une histoire de famille. Comment faire pour fêter les 150 ans de la fondation de la Société Chimique de France (SCF), comme si c’était le propre anniversaire de notre société savante, la Société Française de Chimie (SFC) ? Et comment ne pas fêter cette naissance de la plus ancienne des sociétés chimiques, la SCF ? Qu’à cela ne tienne, on rebaptise notre bonne SFC « Société Chimique de France » : le sigle redevient SCF… et le tour est joué ! C’est ce qui est en cours.

Il y a tout de même un hic : la SFC, fondée en 1984, n’est pas simplement la successeure (puisque l’on joue avec les sigles, jouons avec les néologismes) de la Société Chimique de France. Elle a un autre parent : la Société de Chimie Physique (SCP), et notre tour de passe-passe ignore ce parent comme s’il n’avait jamais existé. Dommage, car la communauté « Chimie Physique » est exemplaire à plusieurs égards. La première page du Journal de Chimie Physique (JCP), dont le destin a été depuis 1922 indissociable de celui de la SCP, est reproduite en page 128 de ce numéro : où trouver une telle qualité dans la pluridisciplinarité ? Au plan épistémologique aussi, la Chimie Physique a son originalité, et particulièrement féconde : avant la lettre – mais c’est toujours vrai –, elle a pratiqué la modélisation, permettant de discerner derrière des systèmes complexes, des lois physiques simples. Ces lois simples, à leur tour, fondent les concepts sur lesquels la science construit de nouveaux édifices ; on remarque dans la liste des collaborateurs du JCP tant de célèbres scientifiques exemplaires de cette approche : W. Nernst, W. Ostwald, J.D. van der Waals...

Ces remarques n’ont pas qu’un intérêt historique et la démarche scientifique sous-jacente montre toujours sa puissance – qu’on regarde, par exemple, la conquête de la « matière molle » conduite par P.-G. de Gennes [1] dans les années récentes. Mais peut-être la « Chimie Physique » est-elle victime de son succès, car toutes les branches de la chimie, peu ou prou, utilisent maintenant ses concepts au point que même la dynamique division de Chimie Physique de la SFC (d’ailleurs commune avec la Société Française de Physique) éprouve des difficultés à définir des frontières non ambiguës pour sa discipline. Le programme de SFC07 illustre cette assimilation : qu’il s’agisse de chimie supramoléculaire, de matériaux, d’environnement…, la chimie est imprégnée de sa discipline sœur ; on aurait également du mal à ne pas considérer comme « Chimie Physique » des travaux qui utilisent largement les instruments ou les concepts de la physique… même s’ils n’œuvrent pas stricto sensu dans la même démarche – imagination de modèles pour dégager, au-delà des spécificités des systèmes étudiés, les lois physiques à l’œuvre, qui suggèrent de nouvelles propriétés, de nouvelles expériences.

L’Actualité Chimique présente dans ce numéro double « La photochimie pour mieux vivre ». Voilà qui illustre ce qui précède : ces transformations chimiques que provoque la lumière, c’est en se greffant sur la mécanique quantique que les chimistes ont pu les comprendre – mais en sachant en dégager les aspects à l’œuvre dans des systèmes trop complexes pour être « calculés ». Les cinquante dernières années ont apporté la connaissance essentielle des phénomènes mis en jeu dans les interactions lumière-molécules. Les laboratoires abordent aujourd’hui des systèmes d’un degré encore supplémentaire de complexité (biologie, environnement) et réalisent des applications si indispensables qu’elles paraissent naturelles (énergie, éclairage). Nous remercions tous les auteurs de ce numéro, et tout particulièrement les coordinateurs, Thu-Hoa Tran-Thi et Edmond Amouyal, dont chacun saura apprécier le travail.

Paul Rigny
Rédacteur en chef

Couverture

La photochimie fait partie de notre quotidien.
Quelques applications : panneaux solaires (photo : AstroQueyras, www.astroqueyras.com) ; LED dans une rame de métro parisien (photo : B. Valeur) ; fibres optiques (© SFC) ; détection de faux billets sous illumination UV et sous lumière blanche (photo : B. Valeur) ; bronzage UV ; matériaux luminescents : écrans cathodoluminescents (© CNRS Photothèque/MEDARD Laurence) ; immunofluorescence : visualisation des microtubules (en vert) à l’aide de l’anticorps monoclonal YL1/2 dirigé contre l’alpha-tubuline tyrosinée et de la chromatine (en rouge) par coloration au iodure de propidium (© CNRS Photothèque/GERAUD Gérard, VERLHAC Marie-Hélène, MARO Bernard) ; ampoule fluorescente ; laser femtoseconde (© CEA).

[1À l’heure où nous mettons sous presse, nous apprenons, comme un coup de tonnerre, le décès de Pierre-Gilles de Gennes. Ancien président de la Société de Chimie Physique, Pierre-Gilles de Gennes était très proche de nos activités. L’Actualité Chimique lui rendra hommage dans un prochain numéro.