N° 411 octobre 2016

Les grands rassemblements scientifiques : quel investissement, quel bénéfice ?

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Rubrique : Éditorial

Cet été 2016 a été marqué par les Jeux olympiques et paralympiques de Rio. Cette manifestation internationale est sans doute le meilleur exemple de rassemblement pluridisciplinaire qui réunit à intervalles réguliers les meilleurs dans leur catégorie. Il y a les grandes vedettes, Michael Phels, Usain Bolt ou Teddy Riner, toujours sur le devant de la scène, mais il y a aussi beaucoup d’autres athlètes qui, concurrence et sélection obligent, participent pour donner le meilleur d’eux-mêmes. La stimulation et la sélection en font une expérience qui oblige à se dépasser devant un large public exigeant. L’investissement pour l’organisateur et ses partenaires est considérable mais le bénéfice, au-delà du nombre de médailles et des retombées économiques et touristiques locales, n’est pas que collectif. Chaque participant y recueillera une reconnaissance individuelle qui sera un marqueur dans l’évolution de sa carrière.

La chimie possède aussi des expériences de ce type, des rassemblements de chimistes qui vont au-delà des rencontres des microcosmes disciplinaires.
La conférence EuCheMS 2016, qui a réuni début septembre à Séville plus de deux mille chimistes, nous en donne un bon exemple. Nous y avons des grandes vedettes, des prix Nobel ou autres grands scientifiques reconnus, et aussi beaucoup d’autres, venus avec le même but d’échange et de reconnaissance devant leurs pairs. L’investissement, collectif, implique le pays organisateur qui doit régler tous les problèmes de logistique, ainsi que tous les partenaires, dont les sociétés chimiques membres, qui s’engagent ensemble dans le montage du programme scientifique, subtil équilibre entre conférences générales et sessions thématiques appuyées par les divisions disciplinaires. Pour les organisateurs, le prix de revient est élevé, mais ils valorisent ainsi leur pays devant la communauté des chimistes. Pour les chercheurs, en particulier pour les jeunes, c’est l’occasion de présenter leurs travaux devant une tribune internationale exigeante avec la stimulation de l’excellence – la participation implique de montrer leur valeur. En proposant des bourses, la SCF encourage fortement les jeunes chercheurs, doctorants et jeunes professionnels à participer au meilleur niveau à ce type de réunions. Il faut aussi signaler que ce rassemblement a été un lieu de rencontre et de travail pour les instances gérant l’activité européenne en chimie.

Au niveau national, nos grands congrès de chimie sont aussi l’occasion de réunir des communautés diverses, au-delà des disciplines aussi larges soient-elles. Celui de la SCF, SCF15, a permis de rassembler à Lille l’an dernier toutes les composantes de la chimie française autour d’une thématique sensible : la transition énergétique. Cette expérience, dont vous avez pu voir les fruits dans notre numéro de juin-juillet (408-409) sera reconduite en 2018 autour d’un autre thème à impact sociétal : la vie et la santé. Profitons de ces grands rassemblements pour montrer la richesse, la force, le dynamisme de notre discipline et pour en faire bouger les frontières, tout en ayant conscience que la culture du chimiste, qui se décline de diverses manières, reste constamment axée sur les espèces moléculaires, objets nanométriques à potentiel infini.

Dans un horizon encore plus planétaire, la SCF est engagée dans l’organisation de la Conférence IUPAC qui se déroulera à Paris en juillet 2019 et qui sera couplée avec le centenaire de la création à Paris de cette association. Pour compléter cette activité nationale de la chimie en 2019, la France sera le pays organisateur de la finale des Olympiades internationales de la chimie qui se tiendra en juillet. En termes d’investissement, l’ensemble des partenaires de la chimie française s’y engagent : académiques (SCF, INC-CNRS, Académie des sciences), industriels (UIC), formation (Fédération Gay-Lussac), Fondation de la Maison de la Chimie…

Au bénéfice de la chimie, la SCF investit chaque année plus de vingt-cinq mille euros pour le soutien des manifestations nationales thématiques, auxquels s’ajoutent des financements exceptionnels pour les grandes manifestations générales de la chimie et des bourses pour encourager la participation des jeunes chimistes. Le travail à la paillasse est nécessaire, mais le communiquer à la communauté est indispensable pour en retirer tout le bénéfice.

Et si la curiosité vous habite, L’Actualité Chimique vous invite à découvrir ce mois-ci une autre compétition internationale qui aura lieu au printemps prochain : la première course de molécule-voitures, une véritable aventure « scientifico-sportive » !

Gilberte Chambaud
Présidente de la SCF

Couverture

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