N° 373 avril 2013

Penser la chimie et l’écrire

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Rubrique : Éditorial

Après une période d’intérim riche en réflexions, assurée par Gérard Férey, académicien et Médaille d’or du CNRS, il me revient l’honneur et la charge de prendre, pour une période de trois ans — éventuellement renouvelable une unique fois —, la responsabilité de L’Actualité Chimique, notre mensuel.
Votre rédactrice en chef — une brèche dans le fameux plafond de verre — a été choisie par le Bureau de la SCF le 11 février dernier, à la suite d’un appel à candidature lancé en décembre 2012 à tous les membres de la Société.

C’était il y a 40 ans : la Société Française de Chimie, devenue depuis la Société Chimique de France (SCF), décidait de créer une véritable revue, ambitieuse et de haute tenue scientifique, pour faire le lien entre les structures actives aux niveaux national et local, les jeunes en formation et les moins jeunes, les composantes académiques et industrielles, etc. Le premier éditorial, reproduit dans ce numéro, pose les objectifs fondamentaux de cette nouvelle revue. Dans un monde en évolution rapide, cette approche était et reste visionnaire.

Avec ses quelques 3 500 abonnés, et plus de 10 000 lecteurs, L’Actualité Chimique bénéficie toujours d’un positionnement original dans le monde foisonnant de la littérature chimique. Ce positionnement pourrait être conforté par une analyse de ses objectifs, de son mode de fonctionnement, de ses relations avec son environnement scientifique, chimique ou non, et particulièrement de son lectorat ; un modus vivendi — une charte de bonne conduite — serait bienvenu, qui spécifierait les liens et les responsabilités entre les diverses instances qui représentent notre communauté, assurant transparence, écoute et respect mutuel.

Émanation de la SCF, L’Actualité Chimique, comme ses instances opérationnelles à tous les niveaux, se doit d’en être le reflet et pas uniquement au niveau de la conception et de la mise en œuvre de ses numéros. C’est pourquoi je propose d’utiliser les moyens électroniques modernes pour maintenir un contact régulier, voire constant, avec aussi bien le Comité de rédaction que le Bureau de la SCF, représentant du Conseil d’administration, lui-même élu par l’ensemble de la communauté, à qui je soumettrai les propositions qui ne manqueront pas, si tous ensemble, nous nous attachons à les solliciter. L’évolution au cours des dernières années que l’on peut observer dans le contenu, la présentation, l’organisation de notre revue prouve l’imagination, la créativité et aussi le dévouement à la chimie des membres — bénévoles faut-il le rappeler, comme l’est la rédactrice en chef — du Comité de rédaction.

Je souhaite cependant que ce Comité puisse être, en renouvelant sa structure et en lui conservant une taille raisonnable, encore plus représentatif de notre communauté.
Je propose donc qu’une partie, qu’on peut qualifier « de droit », soit les élus des entités opérationnelles de la SCF (divisions scientifiques, sections régionales et groupes thématiques) ; ils seront donc automatiquement renouvelés en même temps que les mandats correspondants. J’aimerais qu’y soient associés des représentants de structures ou communautés dont l’avis est essentiel pour une bonne appréhension des attentes et besoins des chimistes, comme Chimie et Société (commission de la Fondation de la Maison de la Chimie, notre partenaire), ainsi que le secteur industriel, souvent malmené par les médias et dont nous sommes solidaires, sans pour autant renoncer à notre devoir d’analyse et de critique. Le CNRS, partenaire privilégié, y serait naturellement représenté, comme c’est déjà le cas actuellement.
La seconde partie du Comité de rédaction serait, dans cette configuration, complémentaire de la précédente, en termes de compétences notamment ; je la vois ouverte sur le monde extérieur, comme les autres sociétés savantes, déjà partenaires ou qui devraient l’être.

La comparaison avec les pratiques à l’étranger, l’accueil dans les colonnes de notre journal des réflexions et analyses de nos partenaires, dans le respect de l’identité et des prérogatives de chacun, me paraissent des éléments importants de la vie de notre communauté. Ces apports seront évidemment discutés avec le Comité de rédaction sur lequel s’appuie la rédactrice en chef et son équipe ; ils pourraient avantageusement être nourris de propositions émanant de l’ensemble de notre communauté.

Je souhaiterais aussi, pour justement mieux encore refléter cette évolution — les aspirations de notre société —, chimique et plus large, créer les conditions d’échanges réguliers avec notre lectorat. L’Actualité Chimique est une des rares revues scientifiques qui, malgré des tentatives répétées, n’a pas à ce jour fondé un courrier des lecteurs actif, passionné et passionnant. Diverses initiatives y pallient partiellement : « chroniques », « —à propos de », futur « bécher d’honneur »... À nous, ensemble, de chercher, et trouver, une solution satisfaisante.
Peut-être notre revue est-elle trop « sage » ? Dans un contexte anxiogène et agressif, souvent délibérément créé et entretenu, la « peur de la peur des citoyens » semble un frein à une expression libre et sereine : L’Actualité Chimique a bien pour rôle d’éclairer la réflexion en apportant les informations, scientifiquement avérées, les plus récentes, sans oublier les questions impactant le futur, comme la raréfaction des ressources naturelles, l’environnement, etc. et les réponses que la chimie y apporte.

Pourquoi ne pas envisager de traiter des sujets, même polémiques, d’être plus réactifs vis-à-vis d’une actualité qui nous concerne tous, et ainsi ouvrir des débats fructueux ? Sans déroger à l’exigence de qualité et de rigueur scientifiques, sans prendre un parti plutôt qu’un autre, ouvrir les colonnes de L’Actualité Chimique à des analyses contradictoires serait aussi une manière de tendre la plume à ceux qui aimeraient, mais n’osent pas toujours, s’exprimer.

Ouvrir la réflexion sur les dimensions de la chimie à ses frontières et leurs applications, industrielles ou non : chimie thérapeutique et santé, matériaux et métallurgie, nanotechnologies, énergie, environnement... devrait être également une de nos priorités, de même que montrer que la chimie est impliquée dans le renouvellement de notre connaissance du monde : le vivant et son évolution, l’espace, l’atmosphère, l’océan, etc., ainsi que faire le point sur les connaissances dans des domaines variés de la chimie ou en lien avec elle.

Tout en respectant un bon équilibre qui privilégie l’information chimique dans ses diverses dimensions, L’Actualité Chimique se doit de continuer à donner des informations sur la vie scientifique (colloques, conférences, livres, débats, etc.) aux niveaux national et international, ainsi que sur l’évolution des pratiques de la recherche et de l’enseignement, leur organisation et leur avenir. La future loi ESR serait, par exemple, un intéressant sujet de débat !
La réflexion sur l’expertise, le consensus social, la dimension éthique de l’innovation, fait également partie du rôle de L’Actualité Chimique, de même que l’histoire, la sociologie et la philosophie des sciences (science chimique, chimistes anciens et contemporains) qui fournissent un éclairage indispensable sur les notions de créativité, d’innovation, et sur... la relativité dans le temps de la connaissance dans les sciences.

Informations factuelles, mises en perspective, analyses pertinentes, voire impertinentes, sont mes objectifs.
Avec vous, et pour vous, j’espère aborder ces multiples chantiers, et bien d’autres, et rendre ainsi encore plus vivante et attractive L’Actualité Chimique.

Rose Agnès Jacquesy
Rédactrice en chef

Couverture

Illustration originale de Rénal Backov, DR.