N° 189 juin-juillet 1995

Pour une modification profonde de la présentation de la chimie dans l’enseignement supérieur

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Rubrique : Éditorial

Si la chimie a pu être mal considérée par l’opinion publique, et accusée de multiples méfaits par les médias, c’est parce qu’elle est méconnue et incomprise du plus grand nombre. Elle figure cependant dans les programmes des lycées et des collèges, depuis la quatrième (et même, jusqu’à une époque récente, depuis la sixième), comme les autres disciplines scientifiques. Il n’en reste quasiment rien dans l’esprit de la majorité de nos compatriotes, y compris dans celui de nombreux responsables de notre enseignement, de notre production industrielle ou agricole, des médias ou de la classe politique.

Une telle situation résulte, pour une grande part et pour de multiples raisons, d’un enseignement de la chimie mal conçu, insuffisamment soutenu par un travail au laboratoire, mal connecté à ses applications pratiques.

Ce constat est fait depuis longtemps, et de nombreuses initiatives ont été prises en vue d’y remédier. Leur succès a été jusqu’à présent plus que limité. L’enseignement supérieur, à qui incombe en particulier la formation des professeurs de l’enseignement secondaire, a sa part de responsabilité.

Il est nécessaire et urgent d’introduire dès maintenant une modification profonde de la présentation de la chimie dans les universités et dans certaines écoles d’ingénieurs. Il y a plusieurs raisons à cela :

- 1) Comme nous l’avons déjà souligné (L’Actualité Chimique, décembre 1994, p. 9), les programmes de chimie de l’enseignement secondaire ont été complètement remaniés au cours de ces trois dernières années, et cette évolution va se poursuivre, à partir de l’année prochaine, dans les clases préparatoires.

Les nouveaux programmes, très inspirés par les Olympiades nationales de la chimie, visent pour l’essentiel à former des citoyens capables de mieux suivre la rapide évolution scientifique et technologique de notre société, et de mieux percevoir comment y intervient la chimie.

- 2) Les étudiants qui vont accéder, à partir de l’année prochaine, au premier cycle de l’enseignement supérieur auront suivi, en partie, les nouveaux programmes de chimie des lycées. Le mouvement va s’amplifier au fur et à mesure qu’arriveront les actuels élèves de première, seconde...

Il ne faudrait pas qu’ils ne trouvent, à l’université, qu’une chimie livresque qui les rebute, et à laquelle ils auront été heureux d’échapper au lycée.

- 3) Il revient à l’enseignement supérieur de former les professeurs qui auront à enseigner les nouveaux programmes et d’assurer, en grande partie, la formation supplémentaire indispensable aux professeurs en place. Les quelque 1 500 collègues des enseignements secondaires et supérieur qui ont contribué à l’encadrement des Olympiades constituent un important « noyau de compétences ». Il sont déjà à l’œuvre, mais leur action doit être considérablement amplifiée.

Cette évolution implique des moyens. Les pouvoirs publics commencent à y être sensibilisés, et il nous appartient de leur décrire clairement les enjeux. La Société Française de Chimie s’y emploie. Toutefois, son action sera d’autant plus efficace qu’elle sera mieux soutenue par la communauté des chimistes, qu’ils relèvent de l’enseignement, de la recherche ou de l’industrie.

L’industrie chimique elle-même s’est fortement engagée dans cette action : il est important de se rapprocher d’elle, de la solliciter si besoin et de faire comprendre son rôle essentiel au-delà du seul apprentissage, tant aux autorités de notre pays qu’aux responsables de l’Union européenne.

Il dépend des chimistes que, grâce à un enseignement renouvelé, notre discipline retrouve la place qui lui revient dans la culture de nos compatriotes et dans la formation de notre élite.

Gérard Montel
Rédacteur en chef

Couverture

Peintures préhistoriques de la grotte de Niaux (Ariège)datées d’environ 10 500 ans avant J.-C. : l’analyse chimique de prélèvements permet de retrouver les anciennes pratiques d’élaboration des peintures, le mélange de pigments avec un minéral de charge, parfois la présence d’un liant organique.
Photo : LRMF, D. Vigears (cf. article de Philippe Walter : Chimie et préhistoire : une vieille nouvelle histoire, p. 57).