N° 416 mars 2017

Quand va-t-on entendre parler de la recherche ?

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Rubrique : Éditorial

En cette période hautement politisée par la préparation de la prochaine élection présidentielle, la recherche et les chercheurs aimeraient bien trouver leur place. La culture aussi d’ailleurs, comme l’a souligné le directeur du Centre Pompidou à l’occasion des 40 ans de l’institution, mais c’est peut-être une autre histoire.

Pourquoi n’entend-on pas parler de la recherche française dans les débats ? Nos politiques n’en seraient-ils pas fiers ?

Et pourtant nos résultats sont remarquables, et unanimement reconnus au plus haut niveau dans la compétition internationale, avec sept prix Nobel ces dix dernières années en physique, physiologie/médecine, économie et… chimie en 2016, auxquels s’ajoutent nos nombreuses Médailles Field pour les mathématiques. Ces prestigieuses reconnaissances évoquent évidemment la recherche fondamentale, toutefois la France n’est pas en reste pour ce qui est des applications de la recherche. Pour ne citer qu’un exemple très récent, je prendrai celui du Challenge international des petites molécules essentielles lancé fin 2015 par Air Liquide (industrie mondialisée française), qui vient de récompenser trois équipes : une suisse, une japonaise et une française [1]. La compétition était rude et la recherche française y a trouvé sa place.

Certains arguments électoraux s’appuient sur la notion du « produire français ». C’est certes louable, mais il ne faut pas oublier que l’on ne peut produire de façon compétitive que ce que l’on sait faire de mieux que les autres, comme l’a dit avec justesse Alain Fuchs, président du CNRS, lors de la remise du prix Air Liquide à l’équipe française. Que faut-il pour cela ? Un savoir-faire de qualité, mais surtout un savoir quoi faire. La recherche, même lorsqu’on la qualifie de fondamentale, a comme résultat tangible une nouvelle idée, un nouveau concept, une invention. Il faut ensuite franchir le pas et aller de l’invention à l’innovation, puis à la réalisation. Nos laboratoires savent déposer des brevets, en obtenir des licences, et ils savent aussi lancer des start-up ou travailler avec l’industrie. Pour dynamiser l’industrie de notre pays, il faudra investir dans l’innovation, et donc dans la recherche, qu’il ne faut donc pas reléguer en arrière-plan.

Alors pourquoi n’en entend-on pas parler ?

C’est peut-être parce que la recherche, comme la culture d’ailleurs, fonctionne sans frontière. Est-ce compatible avec un Brexit ou avec tout autre repli sur soi des nations ? L’American Chemical Society vient de publier un manifeste, cosigné par cent cinquante autres organisations et universités américaines, qui atteste de la nécessité d’avoir des échanges scientifiques internationaux libres de toute frontière [2]. La SCF soutient cette position.

Qu’en pensent nos jeunes ? Pour s’en faire une idée, il suffit de voir le succès d’évènements comme le forum annuel « Horizon Chimie », qui a rassemblé cette année à la Maison de la Chimie une large foule de jeunes avides de discuter avec les industriels de la chimie qui y étaient présents en très grand nombre aussi. La recherche les attire et la chimie les intéresse. Et ce ne sont pas les seuls. L’OPECST, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, constitué de députés et de sénateurs, souhaite également régulièrement s’informer de l’état de la science, et il nous – la Société Chimique de France – sollicite en ce qui concerne la chimie. Nous venons de lui adresser un bref rapport sur la science des matériaux, vue sous l’angle de la chimie, que les divisions concernées ont établi [3].

Tout n’est donc pas perdu, et le silence actuel sur la recherche et les chercheurs n’est peut-être que conjoncturel. Espérons-le, et espérons aussi qu’un ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur viendra bientôt porter très haut la recherche.

Revenons sur nos terres, à la chimie et à nos molécules qui nous fascinent et nous étonnent. Les molécules du goût sont mises en avant dans ce numéro ; peut-être que la table sera une bonne approche de la recherche pour nos dirigeants ?

Gilberte Chambaud
Rédactrice en chef par intérim,
Présidente de la SCF

Couverture

Le sens du goût est un sens… chimique (voir article p. 11), © A. MACARRI-UNS.