N° 301-302 octobre-novembre 2006

Recherche fondamentale et confidentialité

Page : 1
Rubrique : Éditorial

Une vieille lune, que l’on croyait bien affaiblie, a manifesté qu’elle conservait un certain éclat : la recherche fondamentale serait incompatible avec la conclusion de contrats industriels à clauses de confidentialité. À l’occasion de l’Université d’automne de l’association « Sauvons la Recherche », qui s’est tenue fin septembre et sur laquelle nous reviendrons dans le prochain numéro, les débats, en général très sensés, ont pourtant repris cette assertion. Plusieurs intervenants de la salle se sont montrés indignés que « des fonds publics puissent servir au privé » et à la tribune, certains ont entonné le couplet du « devoir absolu de publier tout de suite sans accepter de restriction ou de délai ». Les chimistes retrouvent là le parfum de l’année 1975, où la signature d’un contrat entre Rhône-Poulenc et le CNRS avait amené un rassemblement de chercheurs au quai Anatole France. La pratique d’aujourd’hui est que les laboratoires de chimie (entre autres) trouvent une part importante de leurs moyens par des collaborations avec l’industrie, et sans que cela ne nuise à leur qualité scientifique et à leur renommée internationale. Cela avait presque failli faire oublier que l’idéologie d’une recherche qui serait « pure » parce qu’elle ne collaborerait pas avec des utilisateurs potentiels reste latente dans l’université française. Ce positionnement, d’un refus de voir la demande de la société à la recherche, n’est heureusement pas majoritaire ; il faudrait cependant l’éradiquer. Il est nourri, peut-on penser, par le grave sous-financement de certains laboratoires universitaires, qui ne peut que susciter des frustrations. Mais des crédits ne sauraient suffire : pour remédier à cette incompréhension, il faudrait aussi de la transparence. Les règles des collaborations entre laboratoires et industrie doivent faire l’objet d’une charte de référence : règles pour le financement de la recherche commune, règles pour la publication des résultats, partage de la propriété industrielle (brevets). Sur tous ces points, le CNRS a des pratiques bien rodées. Il conviendrait certainement de les faire connaître pour que les bénéfices communs – ceux du laboratoire et ceux de l’industrie – puissent être appréciés, et que disparaisse tout reste de césure idéologique entre la recherche fondamentale et de grands pans de la société.

L’Actualité Chimique est très fière de vous présenter ici le numéro thématique « Fluor et produits fluorés à l’aube du XXIe siècle ». La découverte d’Henri Moissan, la molécule de fluor, est le résultat de la démarche d’un expérimentateur amateur de défis ; elle apparaît, cent ans plus tard, comme ayant irrigué tous les secteurs de la chimie. Cet élément permet aujourd’hui de spectaculaires applications majeures présentes (polymères - Téflon®, polychlorofluoroéthylène (PCTFE), membranes Nafion® pour les piles à combustible ; métallurgie de l’aluminium ; secteur de l’énergie : le combustible nucléaire pour lequel l’hexafluorure d’uranium est un intermédiaire ou les piles à lithium qui utilisent un électrolyte fluoré ; secteur de la santé : plusieurs médicaments dans les grandes pathologies et l’imagerie médicale qui utilise l’isotope 18 du fluor à vie courte) et en promet beaucoup pour le futur, en particulier dans les domaines de la santé et des matériaux. Hommage soit rendu pour cette belle publication aux auteurs des vingt-six articles et au très important travail du coordonnateur.

Paul Rigny
Rédacteur en chef

Nous remercions nos sponsors Arkema, Bayer CropScience, Groupe SEB, Pierre Fabre Médicaments, Sanofi-Aventis, Solvay Flor GmbH & Solvay Organics GmbH, dont la participation financière a permis l’édition de ce numéro.

Couverture

En isolant le fluor, que l’on trouve à l’état naturel par exemple dans la fluorine (© Stan Celestian, Glendale Community College), Henri Moissan (photographie © Musée Moissan) a permis à de nombreuses applications de voir le jour dans des domaines très variés. Parmi celles-ci : le Teflon® de la poêle Tefal (© Conservatoire SEB, Lyon), la molécule de fluoxetine (agent actif antidépresseur - Prozac®, Laboratoire Lilly France), le dentifrice au fluor (comme le nouveau Fluocaril® « nuit » de Procter & Gamble Pharmaceuticals France), ou encore le traitement par des polymères fluorés de la Pyramide du Louvre.Vous en découvrirez bien d’autres à travers ce numéro.
Conception graphique Mag Design.