N° 414 janvier 2017

Réflexions à propos de la FIV à trois parents

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Rubrique : À propos de

En avril dernier, dans l’article « Nouvelles technologies et risques d’eugénisme ? », nous évoquions la fécondation in vitro à trois parents (FIV) comme une dérive dangereuse des manipulations autour de l’embryon humain.
Cette technique, consiste à prélever le noyau de l’ovule de la future mère susceptible de porter des mitochondries défaillantes, de le féconder avec le sperme du père, puis de le transférer dans l’ovule énucléé sain d’une donneuse.

Cela est chose faite, l’hebdomadaire britannique New Scientist titrant le 27 septembre dernier : « Première naissance d’un bébé à trois parents » par une équipe new-yorkaise au Mexique, une telle approche étant interdite aux États-Unis. Seule la Grande-Bretagne semble l’avoir légalisée. Rappelons que la FIV à trois parents a été dénoncée au Conseil de l’Europe le 3 octobre 2013 par 34 parlementaires représentants d’États membres car elle serait contraire à deux accords internationaux.
Déjà dans les années 1990, des tests voisins avaient été pratiqués, mais les bébés avaient développé des troubles génétiques, de sorte que la procédure fut interdite. Par ailleurs, une étude espagnole récente parue dans Nature [1] a montré que des rongeurs dotés d’ADN nucléaire et mitochondrial d’origines différentes présentaient progressivement des altérations de leurs fonctions mitochondriales, leur santé déclinait et leur longévité était diminuée. Une autre étude parue dans Cell Stem Cell [2] a montré que même une petite fraction de mitochondries importées lors du transfert de noyau pouvait recoloniser l’ovocyte d’accueil et des lignées cellulaires qui en étaient tirées.

Au-delà des risques biologiques que comporte donc une telle fécondation, on ne peut ignorer les problèmes éthiques qu’elle soulève, qui concernent le don d’ovules et le statut des femmes donneuses, mais aussi bien sûr l’enfant à naître. Étant donné que le but recherché est de mettre au monde des personnes exemptes d’une maladie déterminée, et non de guérir une personne malade, on touche là à l’eugénisme dont nous dénoncions, dans cet article, les risques liés aux nouvelles technologies.

[1] Latorre-Pelicer A. et al., Mitochondrial and DNA nuclear matching shapes metabolism and healthy ageing, Nature, 2016, 535, p. 581.
[2] Yamada M. et al., Genetic drift can compromise mitochondrial replacement by nuclear transfer in human oocytes, Cell Stem Cell, 2016, 18, p. 749.