N° 294 février 2006

Réflexions d’un intérimaire

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Rubrique : Éditorial

La célèbre trêve des confiseurs n’aura pas été respectée en 2005 dans le monde scientifique français. La fin de l’année a en effet été marquée par quelques turbulences : « À tout seigneur, tout honneur », le CNRS a vu sa Direction générale emportée en quelques jours et, mutatis mutandis, notre journal et son rédacteur en chef se séparent.
Avec une sage prudence, la SFC s’est tenue à l’écart des débats au niveau de la Direction générale du CNRS. Ceux qui ont fréquenté cette Maison depuis quelques décennies se souviennent de discussions passionnées sur le rattachement à tel ou tel ministère et sur les indispensables réformes qu’il convenait régulièrement de mettre en place… Aujourd’hui, une nouvelle équipe de Direction est nommée, le découpage des départements scientifiques est confirmé et la chimie y trouve sa place. Souhaitons que le CNRS, sous l’impulsion de sa nouvelle Direction, retrouve son unité, car rien ne serait pire qu’un CNRS d’en haut et un CNRS d’en bas pour faire face à la compétition mondiale. Bonne chance à cet organisme qui en plus de ses résultats joue un si grand rôle dans la formation des scientifiques français.
L’Actualité Chimique n’a plus de rédacteur en chef depuis le premier janvier. Certes, l’événement n’a pas l’importance, tant s’en faut, du précédent, mais nous avons à la SFC une grande ambition pour le journal, nous aimerions qu’il devienne le grand magazine illustrant la place que tient la chimie dans tous les domaines de la science et dans tous les aspects sociétaux, et ce départ du rédacteur après deux ans est un sujet de préoccupation.
Nous comprenons qu’il est difficile de développer une carrière scientifique en partageant son temps, ce qui était un problème pour notre collègue, et l’on voit l’intérêt qu’il y aurait à ce que les universités ou nos grands organismes puissent officiellement détacher un enseignant ou un directeur de recherche à temps partiel, en prenant bien entendu en compte ce détachement pour le déroulement de sa carrière, afin d’assurer la fonction de rédacteur en chef, qui est une tâche d’intérêt général.

Parlons net : les actions, en matière des thèmes traités dans la revue depuis deux ans, sont dans le droit fil des objectifs que nous poursuivons, et la mise en place d’un excellent outil informatique pour développer une publication électronique était indispensable. À ces égards, nous ne pouvons que regretter le départ d’un homme qui s’est très profondément identifié au journal. Cependant, cette identification ne doit pas faire perdre de vue que le journal est aussi un moyen d’expression pour une large communauté de chimistes représentée dans différentes instances (comité(s) de rédaction, divisions et groupes, Bureau de la SFC, conseil d’administration), et que cette communauté doit être incitée à s’impliquer dans la réflexion sur le devenir de la revue. L’engagement collectif n’est pas la qualité dominante de la culture française et à notre niveau, pour le développement de ce que doit être un grand magazine, il faut vraiment l’encourager…
J’espère que la revue continuera à bénéficier d’articles ou de coordination d’articles de son ancien rédacteur en chef, et je m’associe aux remerciements que lui a adressés le Président.

Examinons brièvement quelques points que ce numéro propose à ses lecteurs :
Dans la rubrique « À propos de... », la Fédération Française des Chimistes présente son premier travail de réflexion entre SFC, SCI et SFGP, et des partenaires industriels sur le thème de la chimie dans le cadre du développement durable… affaire à suivre !
Toujours dans cette rubrique, nous descendons dans l’arène en parlant de la surmortalité des abeilles et du lien de causalité avec certains pesticides. Entre « l’intime conviction » des procureurs anti-chimie et le « circulez y a rien à voir ! » de la défense, espérons ne pas être accablés par les coups des uns et des autres. Cette note est une tentative, et si elle est bien reçue par nos lecteurs, nous nous efforcerons d’intervenir davantage sur des faits sociétaux dans lesquels la chimie est engagée.
La France, nous dit-on, s’est bien comportée dans les prix Descartes en 2005 ; si l’on ajoute ces lauréats au Prix Nobel, 2005 aura été une Grande année !
Je suis très à l’aise pour écrire, n’étant pour rien dans sa conception, que ce numéro me plaît et me donne envie de lire les matériaux ultra-durs, domaine dont j’ignore tout, et les histoires de la chimie, avec « Chimiste et pharmaciens… ». À ce propos, il n’y a pas si longtemps que les professeurs de chimie au Collège de France étaient tous pharmaciens.

Bernard Sillion
Rédacteur en chef « par intérim »

Couverture

Abeille visitant des fleurs de colza. © Serge CARRE/INRA.