N° 369 décembre 2012

« Science et Société », un thème pour les Assises de la recherche

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Rubrique : Éditorial

Hôte de 40 % de la recherche scientifique nationale, la région Île-de-France a consacré l’une des réunions de ses Assises de la recherche au thème « Science et Société ». Tenue le 9 novembre, cette réunion n’était pas construite sur des exposés magistraux, mais sur l’affichage de quatre thématiques sur lesquelles la salle était amenée à s’exprimer : Comment traiter la demande sociale ? La médiation scientifique. Comment traiter la commande émanant des élus ? Éthique et recherche. L’assistance était composée de représentants d’institutions couvrant le panorama des parties prenantes – universités, établissements d’enseignement ou de recherche, syndicats, associations, sociétés savantes... Au travers des réponses aux questions, on pouvait noter deux préoccupations latentes, peut-être la marque de l’époque actuelle :

  1. Si les chercheurs d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, manifestent le désir d’aller vers le public, «  diffuser les résultats de leurs recherches  », ils le font peut-être avec plus de modestie. La tonalité a évolué ; on dirait qu’une sorte de prudence s’insinue derrière leurs intentions affichées – comme si les attaques contre la science, la baisse des vocations, peut-être des valeurs scientifiques, les faisaient douter de leur capacité à communiquer. Le langage traduit cette évolution : on parle moins de « diffusion » des résultats mais de «  donner accessibilité  » aux résultats – via sites Internet larges et faciles, expositions, conférences. On ne parle plus de « débats scientifiques » sans ajouter «  participatifs  » – comme si on ne croyait plus que l’expression des points de vue des chercheurs suffise. On ne parle plus d’expert sans dire qu’il ne doit – en aucune façon – s’agir d’un statut mais de la situation conjoncturelle d’un accord très partiel entre circonstance et compétence.
  2. Par ailleurs, dans beaucoup d’interventions, le mirage d’«  instances nationales indépendantes  » qui arbitreraient souverainement apparaît. Elles édicteraient des « labels de qualité » pour faire le tri dans l’offre jugée parfois « trop foisonnante » d’ animations proposées au public – illustrations de la vie de la recherche, de la science expérimentale, offres de « vacances scientifiques », de « stages de sensibilisation »... La Fête de la science aurait-elle fait trop d’émules ? Instances interministérielles, elles viendraient d’un autre côté aider les citoyens à se faire leur opinion sur les choix scientifiques ou techniques qui marquent la vie de la société. Les débats tels qu’organisés aujourd’hui semblent ne pas satisfaire, il faudrait guider le citoyen à travers les informations plus ou moins militantes et plus ou moins contradictoires qui leur sont proposées... parfois pures mais parfois insidieuses. Ces instances garantiraient le bon respect de l’éthique scientifique (« préserver ouverture, intégrité et souci de la formation », ainsi que l’a rappelé la présidente d’Universcience, Claudie Haigneré) et veilleraient à la qualité des expertises. Derrière ces appels à une ou des « autorités », on perçoit une sorte de malaise du monde de la recherche dans ses relations avec le public : on ne sait pas comment « créer la confiance » !

Il faut bien dire que cette journée « entre scientifiques », si intéressante qu’elle ait été, avait ses limites. D’abord, justement, elle se tenait « entre scientifiques » et cela lui a donné un tour involontairement corporatiste. Il aurait été tellement plus fort si l’assemblée avait pu s’étendre au-delà du monde de la recherche. On peut aussi souligner le présupposé tenace que les choix sociétaux doivent être le résultat « rationnel » d’études scientifiques. Pourtant, presque toujours, ils sont associés à des situations de grandes incertitudes scientifiques non maîtrisées par la recherche et ponctuées de débats entre chercheurs ; par ailleurs, une quantité de considérations non scientifiques (économiques, sociologiques, politiques, culturelles) sont souvent là en face de la science et lui imposeraient de rester modeste.

Pour les sociétés savantes, de telles réunions pourraient constituer de véritables « feuilles de route » : rôle dans la préparation des expertises, dans l’information en direction de journalistes, dans la diffusion des connaissances (exemple du site Mediachimie.org), etc... La demande sociale est là, les compétences et la volonté de nombreux collègues aussi : comment les mobiliser ?

Paul Rigny
Rédacteur en chef

Note de la Rédaction

Il y a cent ans, le 10 décembre 1912, deux chimistes provinciaux français de talent, Victor Grignard (1871-1935) et Paul Sabatier (1854-1951), recevaient le prix Nobel de chimie pour leurs travaux respectivement sur la synthèse des organomagnésiens mixtes et sur l’hydrogénation catalytique.

Cent ans après, les applications liées à leurs découvertes sont encore très importantes, au laboratoire où les réactions de Grignard sont parmi les plus utilisées, comme dans l’industrie où la catalyse de Sabatier est indispensable à la pétrochimie, à la préparation des engrais, et participe à la protection de l’environnement grâce à l’emploi des pots d’échappement catalytiques...

L’Actualité Chimique s’associe aux différentes commémorations en vous invitant à lire les articles consacrés à Victor Grignard dans ce numéro (sur la commémoration à Lyon et sur la vie du chimiste) à Paul Sabatier dans le numéro précédent.

Couverture

Spirales de nanoparticules d’or encapsulées dans un cristal liquide cholestérique. Image colorisée de microscopie électronique à balayage, échelle : 8 x 8 mm.
© Photothèque CNRS/CEMES/Michel MITOV.