N° 187 mars 1995

Une opportunité exceptionnelle

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Rubrique : Éditorial

Est-ce le bout du tunnel ? Après ces longues années au cours desquelles la chimie a vu sa place diminuer dans les programmes du secondaire, dans les examens et dans les concours, où elle a été attaquée de toutes parts dans divers médias, où elle a été chargée de la responsabilité de nombreuses calamités, voici que le vent commence à tourner.

L’action énergique et concertée conduite par des professeurs de l’enseignement supérieur et de l’enseignement secondaire, par la Société Française de Chimie et par l’Union des Physiciens, par l’industrie chimique, par les grands organismes scientifiques — Académie des sciences, CNRS —, par plusieurs ministères, par certaines grandes écoles et universités, dont l’École polytechnique, commence à porter ses fruits. Les lycéens manifestent désormais un intérêt certain pour notre discipline, intérêt qui peut être perçu par l’arrivée dans les universités, les IUT, les écoles d’ingénieurs d’étudiants véritablement motivés pour la chimie ; les nouveaux programmes de chimie des lycées sont conçus pour présenter notre science comme une discipline vivante, en prise directe sur notre vie quotidienne et sur nos problèmes de société, et comme une composante culturelle importante où peuvent s’épanouir l’esprit d’observation, l’intelligence, l’imagination, aux côtés des démarches déductive et inductive.

L’industrie, de son côté, se mobilise à l’échelle nationale et européenne : elle apporte une forte contribution à ce mouvement. Les grands musées européens s’engagent en se concertant, dans une rénovation de leur présentation de la chimie.

Toutes ces initiatives créent une opportunité exceptionnelle. Il revient maintenant à l’enseignement supérieur et à la recherche de s’associer encore davantage à cette rénovation de l’enseignement, qui devrait conduire une part plus importante de nos meilleurs étudiants à s’orienter vers nos laboratoires et vers nos industries.

D’ores et déjà, des premiers résultats encourageants, à défaut d’être complètement satisfaisants, ont été atteints par l’élaboration des nouveaux programmes de chimie des classes préparatoires, où la place de notre discipline est augmentée et où son enseignement s’inscrit bien dans le prolongement de celui des lycées.

La rénovation en cours des premiers cycles des universités devrait permettre d’y améliorer la perception de la chimie par nos étudiants en sachant qu’ils s’engageront ensuite dans différentes directions. À partir de l’année prochaine, ils auront suivi, au moins partiellement, les nouveaux programmes des lycées.

En licence et en maîtrise, nous avons à former, en liaison avec les IUFM, les professeurs du second degré qui devront présenter les nouveaux programmes à leurs élèves, où l’expérimentation et l’ouverture vers les secteurs de production jouent un rôle essentiel.

Certes, un effort considérable de formation initiale et continue, de construction, d’équipement reste à accomplir : il s’étalera sur plusieurs années. Certes, il faudra convaincre ceux qui, encore nombreux, ne perçoivent pas tout l’intérêt de l’évolution en cours.

Mais de multiples volontés convergent. La Société Française de Chimie, pour sa part, qui est étroitement associée depuis leur création aux Olympiades nationales de la chimie, qui organise les Jirec (Journées d’Information que la Recherche en Enseignement de la Chimie), qui participe par ses membres à de nombreuses autres actions, vient de mettre en place un groupe de travail « Enseignement » interdivisions. Ce groupe de travail a comme vocation de permettre aux divisions de la société de partager leurs réflexions sur l’enseignement de leur domaine, de faire connaître leurs expériences et leurs réalisations, d’engager des opérations communes ou conjuguées en vue de promouvoir, dans l’enseignement supérieur, les initiatives susceptibles de faire progresser nos enseignements.

Le moment est venu de nous faire entendre vraiment.

Gérard Montel
Réacteur en chef

Couverture

Réduction/oxydation des nickelates à couches triples R4Ni3O10-d (R = La, Pr, Nd) : d = 0 (gauche) et d = 2 (droite).
Les oxydes métalliques R4Ni3O10 (R = La, Pr, Nd) appartiennent à la série structurale de Ruddlesden-Popper An+1BnP3n+1, caractérisée par l’intercroissance de couches type NaCl et de tranches de n couches type perovskite (ici n = 3, figure de gauche), où le nickel se trouve en coordinence octaédrique. Le traitement de ces oxydes sous hydrogène à température modérée (environ 300 °C) entraîne de départ d’une partie des atomes d’oxygène et la migration d’une autre partie (sphères blanches sur la figure de droite), laissant le nickel en coordinence plan carré. La structure de ces oxydes isolants R4Ni3O8 est donc constituée de l’intercroissance de couches type fluorine et de triples couches plan carré (figure de droite). Cette modification structurale est réversible par traitement sous oxygène à température modérée.