N° 392 janvier 2015

Une vie meilleure ?
La SCF et l’AC vous souhaitent réussite et bonheur en 2015

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Rubrique : Éditorial

Cette nouvelle année est en effet pleine de promesses : Année internationale de la lumière, de la transition énergétique, avec le colloque SCF’15 à Lille, et aussi Paris Climat 2015…
Heureux présage : un chimiste, Bernard Meunier, succède (pour 2015-2016) à un autre chimiste, Guy Ourisson (1999-2000), à la présidence de l’Académie des sciences.

Les réflexions de la Société Chimique de France sur la transition énergétique (voir L’Act. Chim., 390, p. 2) ont été appréciées et ont pesé sur la loi votée par l’Assemblée nationale en octobre dernier. Le grand colloque SCF’15 qui lui sera consacré à Lille en juillet devrait apporter des éléments originaux et novateurs pour appuyer cette transition et préparer, sur des bases solides, l’avenir de nos enfants. En effet, tout prouve que le réchauffement climatique est une réalité reconnue par les décideurs politiques et la plupart des gouvernements en 2014 : signature d’un premier accord européen (24 octobre) ; celui de Copenhague (2 novembre) ; celui, historique, entre la Chine et les États-Unis (12 novembre), et enfin l’engagement du G20 (15-16 novembre). Le coût de l’immobilisme, évalué par nombre d’économistes – dont le Britannique Nicholas Stern –, est impressionnant : environ cent milliards d’euros dès 2020 (250 en 2050) pour l’Union européenne !

Les secteurs concernés sont multiples et cruciaux : la santé, l’agriculture, la pêche, les risques naturels (dont les tempêtes et les inondations), l’industrie, les transports, l’urbanisme, etc. Des mesures effectuées dans le monde entier, interconnectées, surveillent les émissions de gaz à effet de serre (GES), la concentration en CO2, mais également en CH4 et en N2O – le pouvoir « réchauffant » de ces derniers est respectivement 21 et 310 fois plus grand que celui du CO2 –, la nature des poussières et des aérosols qui sont « refroidissants », l’acidité des océans et ses effets négatifs en tant que puits de CO2 notamment, etc. Elles alimentent des modèles de plus en plus élaborés, et qui globalement convergent.

La chimie (et son potentiel d’innovation) est en première ligne sur ces problématiques en concevant, développant, apportant des solutions à ces grands défis de demain, dans le sens d’un véritable développement durable « équilibré », intégrant dans la réflexion environnement, économie et social. La France, trop souvent modeste, voire humble, est pourtant un leader reconnu internationalement. Trois exemples parmi de nombreux autres : Jean-Marie Tarascon, académicien, professeur au Collège de France, spécialiste incontesté des batteries Li-ion et de leurs futurs remplaçants ; Daniel Lincot, dont le nom est associé aux techniques solaires et à la photoélectrochimie des semi-conducteurs ; la société McPhy Energy, issue de la recherche fondamentale, jeune star française, et désormais internationale, du stockage des énergies intermittentes et de l’hydrogène sous forme solide…

La France – dont le spectre énergétique n’est pas transposable aux autres pays – a d’ailleurs fait en vingt ans (1990-2011) un effort conséquent de réduction (19,5 % en incluant les puits de carbone), supérieur à celui de l’Allemagne (actuellement 52 Mt/an d’émissions pour la première contre 512 Mt/an pour la seconde pour la seule production d’électricité), loin cependant des 3 % annuels prescrits par la loi Énergie de 2005. Pour tenir compte des grandes différences entre pays et de leur évolution probable, notamment celle des pays émergents, une division par 4, voire 5 des émissions de GES d’ici 2050 est « exigible » des pays développés. Concrètement, cela implique que nous, en France, nous divisions par 1,7 notre demande en énergie avec de très faibles taux d’émission des autres secteurs. Au niveau de la consommation énergétique mondiale en 2013, le charbon représentait 34 %, dépassant le pétrole (29 %) – l’inverse était observé en 2008 – et le gaz, stable, environ 20 %. Le nucléaire représentait 2 % (avec une image négative disproportionnée), la biomasse 8 % et 7 % pour le reste des renouvelables – entre 2 % pour l’énergie hydroélectrique et 0,002 % pour l’énergie marine, et 0,2 % seulement pour l’éolien…

Certes, la France n’est pas isolée, et ses vertus ne suffiront pas à inverser le processus. En effet, la production de CO2 des pays émergents et en voie de développement va bientôt dépasser la production mondiale de CO2 de 1990 (année de référence du protocole de Kyoto). L’enjeu des gaz à effet de serre est donc un enjeu planétaire et les règles du commerce mondial devront être changées pour introduire, progressivement, des mesures financières ayant pour objectif de rendre non compétitifs les modèles économiques carbonés.

La vitesse d’adaptation de l’Homme en tant qu’espèce ne peut être suffisante au regard de l’évolution en cours, mais on peut espérer une prise de conscience générale des réalités à affronter. En d’autres termes, sommes-nous prêts à accepter des végétaux capables de s’adapter au changement climatique ? À réduire notre consommation d’eau et de viande ? À respecter solidairement des règles qui ont pour objet de préserver à terme notre santé et même notre survie ?

Cela exige courage, ténacité et persévérance de la part de chaque individu, des sociétés et des politiques… et ce n’est certainement pas en érigeant la moindre tentative de changement en scandale que nous y arriverons.
Nous comptons sur vous pour enrichir nos contenus et nos débats ; n’hésitez pas à nous faire part de vos suggestions, même si vous ne faites pas partie du Comité de rédaction, que nous remercions pour son engagement à nos côtés.

Rose Agnès Jacquesy
Rédactrice en chef

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