N° 375-376 juin-juil.-août 2013

L’ambition de la chimie

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Rubrique : Éditorial

Au cours du temps, l’image de notre discipline a beaucoup varié. La chimie a été synonyme de richesse pour les populations là où elle s’implantait au début de l’ère industrielle, puis quelques accidents ont commencé à altérer cette perception. Les procès d’intention se sont ensuite succédé jusqu’à ce que, malgré une réalité économique tangible et des progrès constants au bénéfice de la société, la chimie et les chimistes soient considérés responsables de bien de ses maux. Or, dans une société, notamment en crise, la chimie est un partenaire économique majeur. En France, c’est le second bassin d’emplois. Il fallait le rappeler fortement.

Chaque composante de la chimie, académique comme industrielle, a d’abord réagi spécifiquement quand on lui en donnait l’occasion, sans grand effet, avouons-le ! La multiplication des attaques nécessitait une réaction globale. Que fallait-il faire ? L’idée en est venue en 2008. Avec l’aval du Premier Ministre, François Fillon, nous avons officiellement créé en mai 2009, à la Maison de la Chimie, une structure de réflexion, au départ informelle, pour tenter d’inverser la tendance, en présentant en particulier un front uni pour parler d’une seule voix lorsque la chimie serait en question. Nous l’avons nommée « le Comité Ambition Chimie » et désignée par son acronyme : le CAC.

Les sept membres fondateurs en ont été l’Académie des sciences, l’Institut de chimie du CNRS, l’Union des Industries Chimiques (UIC), la Société Chimique de France (SCF), la Fondation internationale de la Maison de la Chimie, la Fédération Française des sciences de la Chimie (FFC) et la Fédération Gay-Lussac (FGL). Leurs représentants, du plus haut niveau de responsabilité, se réunissent mensuellement depuis 2008 pour élaborer dans le temps une stratégie de promotion de notre discipline et de reconnaissance par les diverses tutelles. Nous avons assorti cette création d’une charte éthique qui nous lie tous pour l’affirmation d’une chimie vertueuse au service de tous. Elle exprime notre volonté commune de :

  • partager toujours davantage savoirs et savoir-faire pour relever, ensemble, les grands défis sociétaux économiques et environnementaux, en multipliant les interactions entre les partenaires, et proposer à tous les niveaux une formation scientifique adaptée aux nouvelles attentes de la société ;
  • promouvoir l’innovation dans ses dimensions fondamentale et appliquée, ainsi que l’innovation technologique, et agir de manière responsable pour évaluer, maîtriser et minimiser la part de risque que comporte toute innovation ;
  • améliorer constamment la connaissance de l’impact des substances chimiques sur la santé et l’environnement, et améliorer simultanément l’information des utilisateurs et consommateurs sur les risques éventuels et sur les bonnes pratiques d’utilisation (au travers par exemple d’initiatives telles que la réglementation européenne REACH) ;
  • rechercher toujours davantage le dialogue : permettre à tous de participer aux débats sur les enjeux scientifiques économiques et sociétaux de ces recherches en développant des lieux, des structures et des actions visant à favoriser les échanges avec les citoyens et leurs représentants (pouvoirs publics, associations, ONG...), pour mieux répondre à leurs questionnements et à leurs nouvelles exigences ;
  • contribuer au développement de la France et de l’Europe comme le fer de lance du développement durable, en étant un acteur majeur de la recherche scientifique, des nouvelles technologies et de l’industrie ; mettre en œuvre les actions nécessaires en cohérence avec les conclusions de la Commission européenne de la chimie.

En cinq ans, notre reconnaissance par les tutelles et les instances gouvernementales est devenue patente. Nous sommes désormais régulièrement consultés, et au plus haut niveau, lorsque la chimie et son avenir sont en question. De plus, nous avons maintenant une structure légale, depuis que le CAC est une des deux composantes du Comité National de la Chimie (CNC), émanation reconnue d’utilité publique de l’Académie des sciences pour ses relations avec l’IUPAC, – l’Union internationale de chimie pure et appliquée –, ce qui accroît encore notre lisibilité.

Une structure est une chose, ses actions auprès des jeunes et du grand public en sont une autre. Un premier bilan s’impose pour justifier notre action. Elle a pu être globale, ou parfois laissée à l’initiative d’une seule composante du CAC, dans un but spécifique, mais avec l’accord de tous. De ce point de vue, nous sommes très heureux que la Société Chimique de France nous ouvre les pages de son journal pour mieux vous informer.

Grâce à cette solidarité et avec l’aide de vous tous, le Comité Ambition Chimie a pu organiser et financer au plan national de nombreuses manifestations de l’Année internationale de la chimie en 2011, sur toute l’année et sur tout le territoire en 2011, avec le succès que l’on sait : sous les auspices de la Commission Chimie & Société, les expositions « Chimie et Terroir » attirent chaque fois des milliers de visiteurs ; nous avons pu organiser des conférences, des débats avec les lycéens comme avec le public adulte. L’exposition « Regards sur la chimie » circule depuis plus d’un an dans toutes les villes de France : chaque poster, sous forme de trois images, montre le continuum qui existe entre un produit, un chercheur et sa réalisation industrielle dans les domaines dont se soucie actuellement notre société.

Nous avons pu participer en 2012 à la célébration à Lyon, Nancy et Toulouse, du centenaire du prix Nobel de chimie de Victor Grignard et Paul Sabatier. La Fondation de la Maison de la Chimie, en liaison avec l’UIC, a mis en place le site Mediachimie.org, médiathèque qui s’adresse aux élèves et aux étudiants du collège à l’université, aux parents, aux enseignants. L’Union des Industries Chimiques, outre les expositions de rue qu’elle avait créées simultanément à Paris, Lille, Lyon et Marseille, a lancé avec la Fondation de la Maison de la Chimie les « Chemical World Tour » 1 et 2, qui ont permis à cinq jeunes chimistes de réaliser en France ou à l’étranger des reportages sur des thèmes d’actualité ; leurs reportages, visibles en ligne, ont eu et ont toujours un très grand succès. Des actions sont actuellement en cours pour rapprocher les enseignants de chimie du secondaire et du supérieur.

Vos initiatives locales et individuelles, ajoutées à ces quelques actions, ont reçu un accueil très favorable des publics concernés. Cela démontre à l’envi qu’en œuvrant ensemble, nous sommes sur le chemin de la reconquête de l’opinion. Ce sera certes une entreprise de longue haleine, mais elle est l’affaire de tous, la vôtre comme la nôtre. Toutes vos initiatives – locales, régionales ou nationales – seront les bienvenues ; tenez-nous en informés, afin que nous aidions et diffusions les efforts ainsi déployés pour promouvoir la chimie dans un souci de juste appréciation, et jamais pour la défendre... Il y va de l’avenir de la chimie française. C’est votre responsabilité, à tous les échelons ! Et n’oubliez pas : sans chimie, il n’y a pas d’avenir pour la planète !

Les membres du Comité Ambition Chimie
Gilberte Chambaud (représentant l’Institut de chimie du CNRS), Michel Dirant (FGL), Henri Dugert (secrétaire général de la Fondation de la Maison de la Chimie), Gérard Férey (Académie des sciences), Philippe Goebel (président de l’UIC), Robert Guillaumont (président du CNC), Olivier Homolle (président de la SCF) et Maurice Leroy (président de la FFC).

Le mot de la rédactrice en chef

L’Actualité Chimique, revue de la Société Chimique de France, est le journal de tous les chimistes. Il est donc attendu, et important, qu’elle accueille dans ses colonnes leurs réflexions, leurs contributions, et se fasse l’écho de leurs souhaits et de leurs ambitions.

C’est ainsi que l’éditorial de ce numéro double relate la genèse et les actions du Comité Ambition Chimie, et qu’il est signé de ses membres.

Ce numéro est consacré pour l’essentiel aux biotechnologies, notamment blanches, dont on oublie trop souvent ce que la chimie leur a apporté et continue de leur apporter. Coordonné par nos collègues Jean Buendia et Jean-Marc Paris, il fait la part belle aux récents développements aussi bien industriels que conceptuels.
Mais on y parle aussi de diabète de type 2 et comment se construit et sur quels critères la synthèse industrielle d’un médicament, et s’y insère l’usage de micro-organisme(s) optimisé(s).

D’autres articles et chroniques vous attendent... et nous vous attendons pour instaurer un dialogue constructif avec l’équipe de rédaction.

Rose Agnès Jacquesy
Rédactrice en chef

Couverture

En fond : Fungus Ashbya ; de haut en bas : le champignon Aspergillus, une « usine vivante » ; bactéries ; usine pilote de biotechnologies blanches, © BASF ; bioréacteur, © LISBP/Christelle Labruyere ; baies in vitro dans un laboratoire de biochimie, © Luigi Guarino/Wikimedia-CC-BY-2.0.