N° 185 décembre 1994

Un message de confiance

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Rubrique : Éditorial

Les temps sont durs, c’est vrai ; nous sommes encore dans une crise économique, c’est vrai.

La demande présentée par la société civile au monde scientifique de prendre sa part de l’effort nécessaire pour sortir de la crise économique est parfaitement fondée et acceptable.

Nous avons la chance inouïe de faire un métier que nous aimons passionnément ; j’oserai dire que l’image de la chimie s’améliore aussi bien auprès des pouvoirs publics que dans l’opinion ; il nous faut faire attention, bien sûr, à ne pas la gâcher.

Peut-être les uns le autres perçoivent-ils de mieux en mieux ce que la chimie peut leur apporter. Ils attendent que les chimistes leur apportent des poudres blanches douées de toutes les propriétés désirables : laver plus blanc comme guérir toutes les maladies.

On cherchait autrefois la pierre philosophale qui pourrait transformer le plomb vil en or, mais, si vous jetez un coup d’œil sur des catalogues de produits chimiques, vous trouverez nombre de produits qui coûtent beaucoup plus cher que l’or et ils sont fabriqués avec du charbon ou du pétrole qui coûtent beaucoup moins cher que le plomb !

On nous parle beaucoup de pollution. Ces problèmes ne pourront bien évidemment être résolus que par une très bonne chimie. Nous nous réjouissons de voir des chimistes prendre la tête de cette croisade. Il y a aura bien sûr des aspects sociologiques pour persuader les divers acteurs de payer le prix, de respecter les réglementations et, naturellement, de ne plus ou de moins polluer. Nous espérons que toutes les activités humaines, industrielles, agricoles ou de loisirs se préoccuperont ainsi de se compoter d’une façon plus respectueuse de l’environnement.

Pour nous, les chimistes, cela signifie trouver des procédés de moins en mois polluants, tout en étant au moins aussi efficaces économiquement. C’est une contrainte, d’accord, mais cette préoccupation n’était pas absente des esprits de nos prédécesseurs et bien des progrès dans les activités humaines sont nés pour relever ainsi de nouveaux défis. Des progrès énormes en science fondamentale sont venus en cherchant à résoudre des problèmes très terre à terre. Il importe cependant d’aborder ces domaines avec le respect et le sérieux qui permettront de les rendre scientifiques ; je pense aux interactions à courte distance dans l’adhésion ou la lubrification comme dans l’action des médicaments.

Faut-il rappeler aussi le rôle immense de la chimie dans les progrès impressionnants de la biologie et de la médecine. On ne sait pas assez que plusieurs savants, qui ont reçu des prix Nobels de médecine récemment, sont des chimistes originalement.

Et ceci m’amène à suggérer que les chimistes, en particulier les organiciens, s’occupent eux-mêmes des problèmes de biologie. Il leur est beaucoup plus facile d’apprendre la biologie nécessaire que, pour les biologistes, d’acquérir les connaissances de chimie.

La recherche et la réalisation de matériaux de plus en plus performants se font maintenant à l’échelle moléculaire, pour avancer dans la miniaturisation, mais aussi et surtout parce que c’est à cette échelle-là que l’on peut espérer comprendre ce qui se passe et agir de façon rationnelle et, par suite, infiniment plus efficace.

En conclusion, je souhaite à tous les chimistes d’aborder la nouvelle année avec enthousiasme pour attaquer avec vigueur les tâches qui restent à accomplir et de rencontrer le succès qu’ils espèrent.

Plus que jamais, la société a besoin de la chimie.

Marc Julia
Président de la SFC

Couverture

Complexe 1-menthol/b-cyclodextrine par modélisation moléculaire obtenu par Orsan, société productrice de cyclodextrines sous la marque Ringdex. Les cyclodextrines Ringdex sont des dérivés d’amidon obtenus par bioconversion enzymatique selon un procédé breveté par la société Sanraku Inc. Elles ont la forme d’un tore constitué de 6, 7 ou 8 unités glucose (respectivement a, b et g-cyclodextrines) liées en 1-4. Ce tore est caractérisé par une partie périphérique hydrophile et une cavité centrale hydrophobe. Cette structure originale permet la formation de composés d’inclusion avec des molécules hôtes (ici un menthol) qui sont piégées dans la cavité hydrophobe par des interactions de faible énergie, et encapsulées afin de les protéger de toutes dégradations chimiques ou physiques, de contrôler la libération de leurs propriétés olfactives ou gustatives, de faciliter leur solubilisation.